Challenge 6#1 – Le matin des abrutis

Le-matin-des-abrutis

Le livre qui nous montre que nous sommes tous un peu des abrutis !

Un soir de septembre, à la tendre requête de mon Élue (à moins que ce ne fût à son injonction comminatoire, je ne sais plus très bien), je me dirigeais vers un grand magasin de la rive gauche pour accomplir une mission. Cette mission m’avait été décrite comme nécessaire à la cohérence générale du décor de notre salon, et mon Élue considérait que son honneur d’hôtesse parisienne était engagé à ce qu’elle soit correctement exécutée. Il s’agissait d’aller récupérer deux coussins destinés à un canapé, qui permettraient audit canapé d’être plus encore en harmonie avec les rideaux qu’il ne l’était déjà. Je passe sur deux circonstances secondaires de cette mission : l’obscénité du prix des coussins, et le fait que je me demandais pourquoi c’était moi qui m’y collais, à cette corvée, qui m’obligeait à partir du bureau plus tôt que d’habitude. Si cela n’avait tenu qu’à moi, il n’y aurait eu ni rideaux, ni canapé, et encore moins de coussins dans mon salon. Mais voilà, le miracle de l’amour est ainsi fait qu’au début, vous avez un garçon tranquille qui lit La Jérusalem délivrée du Tasse ou l’équivalent dans son appartement mal rangé de célibataire, puis une femme divine arrive dans un torrent d’amour et avec des projets de décoration, et à la fin je vais chercher des coussins au Bon Marché alors que je n’aime pas ça.

C’est un texte volontairement provocateur que nous avons là, bien tourné et intéressant, entre sociologie et humour. Un petit bouquin décapant, à découvrir ! Et puis parce que je trouve ce passage très drôle :

D’après mon expérience antérieure à ce rendez-vous, un éditeur ne reçoit jamais seul. L’édition est un métier dans lequel on a importé, à la suite de je ne sais quel croisement de compétences, les techniques interrogatoires en vigueur au quai des Orfèvres dans les années cinquante, qu’on applique aux auteurs. (…) Dans le monde littéraire, c’est l’éditeur qui dit à l’auteur qu’il est en retard, que son plan est merdique, que l’on s’écarte du thème retenu par le contrat, que la scène 4 est illisible, qu’on va dans le mur, qu’il ne voyait pas les choses comme ça, qu’il va falloir que ça change en grand et fissa.

Le matin des abrutis, Marin de Viry, JC Lattès, 2008 (204 pages >> 50 km)

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