Top Ten Tuesday #105 – 17 novembre 2015

Top Ten TuesdayPour ce cent-cinquième TTT, toujours du blog The Broke and the Bookish, nous allons voir dix citations de livres lus cette année. La semaine prochaine, c’est une spéciale Thanksgiving, et à Thanksgiving, on remercie. Donc on verra les dix livres qui m’ont vraiment apporté quelque chose.

Voici les dix citations (bon, ok, des fois c’est plus que des citations !) qui m’ont le plus marquée cette année :

Journal, Kurt Cobain :

She loves him more than he will ever know
He loves her more than he will ever show

La voleuse de livres, Markus Zusak (attention, spoil) :

Sous bien des aspects, c’était du vol d’emporter un garçon comme Rudy, plein de vie et avec l’avenir devant lui, et, malgré tout, je me dis qu’il aurait apprécié le spectacle des décombres terrifiants et du ciel débordant, la nuit où il perdit la vie. Il aurait pleuré, se serait retourné et aurait souri si seulement il avait pu contempler la voleuse de livres à quatre pattes auprès de son corps. Il aurait été heureux de la voir baiser ses lèvres couvertes de poussière par la bombe.
Oui, je le sais.
Au fond de mon cœur enténébré, je le sais. Il aurait aimé.
Vous voyez ?
Même la Mort a un cœur.

Ma mère, Georges Bataille :

Elle dit :
– Tu ne m’as pas connue. Tu n’as pas pu m’atteindre.
– Je t’ai connue, lui dis-je. Maintenant, tu reposes dans mes bras. Quand mon dernier souffle viendra, je ne serai pas plus épuisé.
– Embrasse-moi, me dit-elle, pour ne plus penser. Mets ta bouche dans la mienne. Maintenant, sois heureux à l’instant, comme si je n’étais pas ruinée, comme si je n’étais pas détruite. Je veux te faire entrer dans ce monde de mort et de corruption où déjà tu sens bien que je suis enfermée ; je savais que tu l’aimerais. Je voudrais que maintenant tu délires avec moi. Je voudrais t’entraîner dans ma mort. Un court instant du délire que je te donnerai ne vaut-il pas l’univers de sottise où ils ont froid ? Je veux mourir, « j’ai brûlé mes vaisseaux ». Ta corruption était mon œuvre : je te donnais ce que j’avais de plus pur et de plus violent, le désir de n’aimer que ce qui m’arrache les vêtements. Cette fois, ce sont les derniers.

Le violoncelliste de Sarajevo, Steven Galloway :

Le violoncelliste

L’obus plongeait dans un hurlement, déchirant l’air et le ciel sans effort. L’objectif grandissait, se précisait, devenait le point que ciblaient le temps et la vitesse. Juste avant l’impact le monde visible avait encore son allure de tous les jours. Puis il explosa.
En 1945, un musicologue italien découvrit quatre mesures de la partie de basse d’une sonate dans les ruines de la bibliothèque musicale de Dresde. Convaincu que ces notes avaient été écrites par Tomaso Albinoni, le compositeur vénitien du XVIIe siècle, il consacra douze ans de sa vie à reconstituer l’œuvre à partir du fragment carbonisé du manuscrit. Le résultat, connu sous le titre de l’Adagio d’Albinoni, ne ressemble guère aux autres compositions du musicien, et la plupart des savants considèrent que l’attribution est fausse mais, même si l’on doute de son authenticité, il est difficile de contester la beauté de l’Adagio.
Près d’un demi-siècle après, c’est cette contradiction qui séduit le violoncelliste. Qu’une œuvre presque anéantie dans une ville dévastée ait pu être reconstituée, comme réinventée, et que cette œuvre soit belle, voilà ce qui lui inspire de l’espoir. Or l’espoir est maintenant une des rares denrées disponibles dans Sarajevo assiégée – une denrée qui s’amenuise chaque jour.
C’est pourquoi aujourd’hui, comme il le fait un jour sur deux depuis quelque temps, le violoncelliste joue, assis près de la fenêtre de son appartement au deuxième étage ; il jouera jusqu’à ce qu’il sente l’espoir renaître. L’Adagio, il l’interprète rarement. Le plus souvent il a l’impression que la musique le régénère naturellement, c’est aussi simple que de remplir d’essence le réservoir d’une voiture. Mais certains jours ce n’est pas le cas. Si au bout de plusieurs heures l’espoir n’est pas revenu, il s’arrête pour se recueillir puis use de son art pour que l’Adagio d’Albinoni, découvert dans la carcasse incendiée de Dresde, consente à renaître dans les rues trouées d’obus et infestées de snipers de Sarajevo. Quand les dernières notes s’éteignent, il aura repris espoir mais chaque fois qu’il doit recourir à l’Adagio, il lui faut fournir un effort plus grand ; il sait qu’un jour l’œuvre ne sera plus efficace. De combien d’Adagio est-il encore capable ? C’est une monnaie précieuse qu’il ne faut pas gaspiller.
Les choses n’ont pas toujours été ainsi. Il n’y a pas si longtemps la promesse d’une existence heureuse semblait garantie. Cinq ans auparavant, lors du mariage de sa sœur, il avait posé pour une photo de famille ; son père avait passé son bras derrière lui, avait refermé ses doigts sur son épaule, prise énergique que certains auraient même jugée douloureuse, mais le violoncelliste avait réagi à l’inverse. Les doigts dans sa chair lui disaient seulement qu’il était aimé, qu’il avait toujours été aimé, et que le monde était un lieu où ce qui vous aimait savait s’incruster en vous. Il l’avait su dès ce moment mais aujourd’hui il aurait donné n’importe quoi pour revenir en arrière et immobiliser cet instant – ne fût-ce que pour mieux s’en souvenir. Il aurait tant aimé sentir de nouveau la main de son père peser sur son épaule.
Aujourd’hui, il le sait, il n’y aura pas d’Adagio. Il n’est assis à sa fenêtre que depuis une demi-heure mais déjà il se sent mieux. Dehors les gens font la queue pour acheter du pain – depuis plus d’une semaine on ne trouvait pas de pain au marché – et il se demande s’il va rejoindre cette file. Beaucoup de ses amis et voisins y ont pris place. Mais il décide que non, au moins pour le moment. Il doit encore travailler.
L’obus plongeait dans un hurlement, déchirant l’air et le ciel sans effort. L’objectif grandissait, se précisait, devenait le point que ciblaient le temps et la vitesse. Juste avant l’impact le monde visible avait encore son allure de tous les jours. Puis il explosa.
Quand les mortiers avaient détruit l’Opéra de Sarajevo, le violoncelliste avait vécu l’événement comme s’il s’était trouvé à l’intérieur du bâtiment, comme si les briques et le verre auxquels la structure devait son unité s’étaient transformés en projectiles qui le tailladaient et le pilonnaient, déchiquetant son corps au poins de le rendre méconnaissable. Il était le premier violoncelle de l’orchestre symphonique de Sarajevo. C’était sa raison d’être : faire de l’idée de la musique une réalité. Quand il montait sur la scène en smoking, il se transformait, il devenait l’instrument d’une libération. Il donnait ua public venu pour l’écouter ce qu’il aimait le plus au monde. Il avait la solidité de l’étau, comme la main paternelle enfoncée dans sa chair.
Maintenant il lui est indifférent qu’on l’écoute ou non quand il joue. Son smoking est suspendu dans son armoire et il n’y touche plus. Les canons perchés sur les collines entourant Sarajevo l’ont anéanti exactement comme ils ont anéanti l’Opéra ou encore la maison de sa famille une nuit où son père et sa mère y dormaient, et comme ils finiront par anéantir toute chose à Sarajevo.
La géographie de la ville assiégée est simple. Sarajevo forme un long ruban de terrain plat entouré de collines. Les hommes qui occupent ces collines contrôlent toutes les positions élevées ainsi qu’une sorte de péninsule plate au centre de la ville, Grbavica. Ils arrosent de balles, d’obus et de grenades le reste de la ville et celle-ci n’a pour se défendre qu’un tank et quelques fusils. La ville subit un processus de destruction.
Le violoncelliste ne sait pas ce qui va se produire d’un instant à l’autre. D’ailleurs au début il n’aura même pas conscience de l’impact de l’obus. Il restera un long moment à la fenêtre, le regard fixé sur le carnage et le désordre ; il remarquera un sac à main trempé de sang et couvert d’éclats de verre étincelants sans savoir à qui ce sac appartient. Puis il regardera à ses pieds et verra qu’il a laissé tomber son archet sur le plancher. Il percevra qu’il existe une relation fondamentale entre les deux objets, et le sentiment que cette relation existe, même s’il ne comprend pas en quoi elle consiste, le poussera à marcher vers l’armoire et à retirer son smoking du plastique de la teinturerie.
Il restera debout devant sa fenêtre toute la nuit et toute la journée du lendemain puis à 16 heures, vingt-quatre heures après la chute de l’obus sur ses amis et ses voisins qui faisaient la queue pour acheter du pain, il se baissera, ramassera son archet et, emportant son violoncelle et son tabouret pliant, il empruntera l’étroit escalier et descendra dans la rue vide. Alors, tandis que la guerre continue autour de lui, il s’assoira dans le petit cratère creusé par l’obus à son point d’impact et jouera l’Adagiod’Albinoni. Il le jouera chaque jour pendant vingt-deux jours, soit un jour pour chacune des personnes tuées par le mortier. Tout au moins il le tentera. Il ne sera pas sûr de vivre jusqu’au bout. Il ne sera pas sûr qu’existe en lui la possibilité de jouer tous ces Adagio.
En ce moment, tandis qu’il joue assis à sa fenêtre au soleil, le violoncelliste ne sait rien de ce qui va suivre. Il n’a pas encore conscience de l’obus déjà en chemin qui plonge dans un hurlement, déchire l’air et le ciel sans effort. L’objectif grandit, se précise, devient le point que ciblent le temps et la vitesse. Juste avant l’impact le monde visible a encore son allure de tous les jours. Puis il explose.

Je vous écris comme je vous aime, Élisabeth Brami :

Ma Dame, Laissez-moi vous aimer. Juste avec des mots. Rien que des mots. Plus fort grâce aux mots.
Vous êtes mon île, mon salut, ma survie, mon repos. Que ces lignes vous brûlent, vous percent, vous pénètrent dans l’extrême beauté d’une passion dont les corps s’épousent malgré l’absence.

La Dévoration, Nicolas d’Estienne d’Orves :

La culpabilité est l’honneur des faibles. Assumons nos actes, on en dort avec bien plus de plaisir.

Dans la peau de Coventry, Sue Townsend :

Il y a deux choses à savoir sur moi : la première, c’est que je suis belle, la deuxième, c’est que j’ai tué un homme hier. Ces deux choses étaient accidentelles.

Qui es-tu Alaska ?, John Green :

On passe sa vie coincé dans le labyrinthe à essayer de trouver le moyen d’en sortir, en se régalant à l’avance à cette perspective. Et rêver l’avenir permet de continuer, sauf qu’on ne passe jamais à la réalisation. On se sert de l’avenir pour échapper au présent.

Mille femmes blanches, Jim Fergus :

Franchement, vu la façon dont j’ai été traitée par les gens dits « civilisés », il me tarde finalement d’aller vivre chez les sauvages.

Cruelles, Cat Clarke :

Lorsqu’une personne meurt, les choses se répartissent en deux catégories bien ordonnées : avant, et depuis. Sachant qu’avant est toujours mieux.

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2 thoughts on “Top Ten Tuesday #105 – 17 novembre 2015

  1. De jolies citations, pleines de sens…
    J’aime celle de « Je vous écris comme je vous aime » et encore plus : celle de « Mille femmes blanches ». Et puis, c’est un peu d’actualité et terrible celle de « Cruelles ».

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