Parutions de la semaine – 17/08/2015

Chaque dimanche, je vais faire un point sur les sorties de la semaine qui m’intéressent, en m’aidant du Livres Hebdo si j’arrive à l’avoir à temps ou en allant sur les sites des éditeurs que je suis.

Le crime du comte Neville, Amélie Nothomb, Albin Michel : « Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. »

La brigade du rire, Gérard Mordillat, Albin Michel : Il y a Kowalski, dit Kol, né en colère. Betty, licenciée de l’imprimerie où elle travaillait. Dylan, prof d’anglais et poète. Les jumelles Dorith et Muriel, pour qui la vie est une fête permanente. L’Enfant-Loup, coureur et bagarreur. Suzana, infirmière en psychiatrie. Rousseau, beau gosse et prof d’économie. Hurel, industriel, lecteur de Marx et de Kropotkine. Isaac le rouquin, distributeur de films, et Victoria que personne n’attendait…
Constitués en « Brigade du rire », par jeu, ils kidnappent Pierre Ramut, l’éditorialiste vedette de Valeurs françaises, et, dans un bunker transformé en atelier, l’installent devant une perceuse à colonne. Forcé de travailler selon ce qu’il prescrit dans ses papiers hebdomadaires – semaine de 48h, salaire de 20% inférieur au SMIC, productivité maximum, travail le dimanche –, Ramut saura désormais de quoi il parle…
Dans une grande fresque tragi-comique, fidèle à son univers – Vive la sociale, Les Vivants et les Morts – Gérard Mordillat parle du monde d’aujourd’hui, de ses injustices, de ses luttes, de ceux qui refusent de se soumettre et se vengent d’un grand éclat de rire.

L’envers du feu, Anne Dufourmentelle, Albin Michel : « Les grands incendies sont une espèce en voie de disparition. Ils se propagent à la vitesse du vent et de la nuit. Leur souveraineté soumet l’espace. Pareils aux météorites et au désir,  leur dangerosité, leur degré de combustion, leur trajectoire sont imprévisibles.
Dévastation. Régénération.
Nous sommes de même nature ; des feux
. »
Thriller psychanalytique, roman initiatique, histoire d’une passion, quête de soi, labyrinthe de mensonges et de faux-fuyants, de souvenirs écrans, ce suspense qui emprunte les arcanes de l’analyse nous mène de Brooklyn jusqu’aux confins du Caucase à la poursuite d’une mystérieuse disparue.

Ressources inhumaines, Frédéric Viguier, Albin Michel : « La vie d’un hypermarché bat au rythme de l’humanité manipulée. Et cela fait vingt ans qu’elle participe à cette manipulation. »
Un univers absurde, construit sur le vide et les faux-semblants. Un premier roman implacable, glaçant, dérangeant.

Les folles espérances, Alessandro Mari, Albin Michel : Colombino, orphelin un peu simple recueilli par un curé dans la campagne lombarde, désespérément amoureux d’une femme que son rang ne lui permet pas d’épouser, part sur les routes pour demander conseil au Pape ; Lisander, peintre milanais à la vie dissolue, est déterminé à faire fortune coûte que coûte grâce au daguerréotype ; Leda, enfermée dans un couvent, attend le secours de son amant porté disparu, et trouvera son salut dans une activité d’espionne et de séductrice en Grande Bretagne ; enfin, un certain Dom José, de son vrai nom Garibaldi, combattant pour l’indépendance du Brésil, trouve l’amour mais doit rentrer en Europe pour continuer la lutte en Italie… Quatre personnages unis par la même quête de liberté et d’amour dans une odyssée éblouissante, portée par un souffle épique digne des meilleurs romanciers du 19e siècle, et un style à la fois lyrique et brut, résolument moderne. Une ode à l’espérance et à la ferveur de la jeunesse.

La neige noire, Paul Lynch, Albin Michel : L’âpreté lyrique du premier roman de Paul Lynch, Un ciel rouge, le matin, métamorphosait le paysage irlandais en un vaste territoire à l’horizon sans limites, au fil d’une impitoyable chasse à l’homme qui poussait inéluctablement un jeune métayer vers l’exil américain, dans un récit visuel fracassant.
Son nouveau roman raconte le retour d’un émigré irlandais au pays. Après des années passées à New York, Barnabas Kane retrouve le Donegal en 1945 et s’installe sur une ferme avec sa femme et son fils. Mais l’incendie, accidentel ou criminel, qui ravage son étable, tuant un ouvrier et décimant son bétail, met un frein à ce nouveau départ. Confronté à l’hostilité et à la rancœur d’une communauté qui l’accuse d’avoir tué l’un des leurs, il devient un étranger sur son propre sol. Confiné sur cette terre ingrate où l’inflexibilité des hommes le dispute à celle de la nature, Barnabas Kane va devoir choisir à quel monde il appartient.

Méfiez-vous des femmes exceptionnelles, Claire Delannoy, Albin Michel : Elles se sont rencontrées aux Beaux-Arts quand elles avaient vingt ans et sont restées amies, même si l’une vivait à New York, les autres à Casa, Naples ou Paris. Elles ont connu des amours différentes et des carrières parfois en dents de scie. Elles se sont rarement retrouvées toutes ensemble, sauf ce fameux « été Diesel ». Et maintenant, après la mort du compagnon de Diane, pour affronter ce que les années ont accumulé de demi-vérités ou de vraies trahisons.
Roman sur l’amitié, ce tissage complexe, subtil et mystérieux qui se nourrit de toutes les strates de la mémoire, Méfiez-vous des femmes exceptionnelles évoque les paradoxes de la liberté et de la fidélité, le faux et le réel dans un monde incertain et éclaté, où chacun s’invente sa vérité.

Monarques, Juan Hernàndez Luna et Sébastien Rutés, Albin Michel : « Comme les Monarques, quitter le sanctuaire pour migrer sur des routes dont le souvenir n’est pas nôtre, quêter ces lieux qu’on n’imagine qu’en rêve, se sacrer soi-même souverain de monarchies nouvelles ou, en chemin, se brûler les ailes. »
Ménilmontant, Mexico, un ring de catch, un studio hollywoodien, l’Ange français, Berlin 1936, un nain et un bocal d’escargots, un vol de papillons, une troublante espionne allemande…  et une correspondance qui tisse le fil entre passé et présent, réalité et vie rêvée.
Née au Mexique devant une bouteille de rhum et un soda pamplemousse, l’idée de ce roman de la mémoire, aussi baroque que virtuose, est celle d’un jeu de piste à la Cortázar entre deux écrivains : le Mexicain Juan Hernández Luna et le Français Sébastien Rutés.

Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes, Olivier Bleys, Albin Michel : Dans la banlieue de Shenyang, ancienne ville industrielle, la famille Zhang vit pauvrement au milieu d’usines désaffectées et d’entrepôts à l’abandon. Pourtant, Wei et les siens détiennent un trésor : le dernier arbre à laque. Leur rêve : devenir propriétaires de leur petite maison, afin d’honorer un serment fait aux parents de Wei, enterrés sous le fameux arbre. Ce rêve est sur le point de se réaliser lorsqu’un grand projet minier menace soudain la famille d’expulsion. Une lutte inégale va alors s’engager opposant l’humble famille aux représentants du puissant capitalisme chinois.
Prenant comme toile de fond les transformations violentes de la Chine contemporaine, Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes revisite la fable du pot de terre contre le pot de fer. Belle et profonde méditation sur les liens qui unissent l’homme et la nature, ce roman, écrit dans une langue magnifique, est un conte réel qui ne laissera aucun lecteur indifférent.

Tous nos noms, Dinaw Mengestu, Albin Michel : Événement littéraire aux États-Unis, Tous nos noms est sans doute le livre le plus ambitieux de l’auteur des Belles choses que porte le ciel. Roman de la maturité, où l’évocation d’une amitié mise à mal par l’Histoire se confond avec le portrait d’un continent déchiré, il pousse plus loin encore l’exploration de l’exil et du déracinement.
Isaac, un jeune Africain, est venu aux États-Unis dans le cadre d’un programme d’échange universitaire. Ni Helen, la jeune assistante sociale qui tombe amoureuse de lui, ni le lecteur ne connaissent son vrai nom : il l’a laissé derrière lui, en Ouganda, avec les promesses d’une révolution réprimée dans le sang par la future dictature, abandonnant aussi son ami le plus cher.
Du chaos de l’Afrique à la solitude du Midwest, dans une Amérique déchirée entre la guerre du Vietnam et la lutte pour les droits civiques, l’écriture intimiste et mélancolique de Dinaw Mengestu, mêlant les voix d’Helen et d’Isaac, saisit les paradoxes de l’Histoire et de la nature humaine avec une force et une intelligence peu communes.

Incandescent, Colleen Hoover, J’ai Lu : Depuis le départ de Julia, Lake et Will poursuivent leurs études tout en veillant à l’éducation de leurs frères respectifs. Une vie de famille rapiécée, chaotique et mouvementée, qui ne laisse que peu d’espace à leur couple.
Alors qu’ils projettent de remédier à cela le temps d’un week-end, le passé de Will ressurgit de manière inattendue, mettant en péril leur fragile équilibre…
Lorsque vous n’avez plus qu’une personne sur qui compter, la confiance peut-elle survivre à la trahison ?

L’agence de Mme Evensong tome 2, Accordez-moi une nuit, Maggie Robinson, J’ai Lu : La vénérable Mme Evensong dirige la meilleure agence de placement de Londres. C’est pourquoi le baron Alec Raeburn sollicite son aide. Il a besoin d’une actrice pour jouer le rôle d’une héritière ingénue afin de piéger  le Dr Bauer qui faisait chanter sa femme et l’aurait tuée. Ce qu’Alec ignore, c’est que sous la perruque de Mme Evensong se cache Mary, la nièce de la vieille dame, qui a repris, en secret, les rênes de l’agence. Et c’est elle qui va l’accompagner en Écosse, pour vivre une aventure bien plus trépidante que tout ce qu’il a pu imaginer…

La revanche du vicomte, Barbara Cartland, J’ai Lu : Lorsqu’il demande en mariage Marigold Marlow, Bryan de Trenthanson ne doute pas un instant de sa réponse. Ravissante et spirituelle, elle fera une parfaite vicomtesse. Pour elle, Bryan est enfin prêt à renoncer au célibat. Mais, quand il découvre que sa dulcinée lui préfère un fils de duc, c’est la déception. Marigold s’est moquée de lui  et il la découvre sous son véritable jour : ambitieuse, méchante et sans scrupules. Pour se venger et ne pas perdre la face, il décide d’annoncer ses fiançailles avec une autre femme. Il ne lui reste qu’un petit détail à régler : trouver une fiancée.

Secret de famille tome 1, Un prince de rêve, Victoria Alexander, J’ai Lu : Jeune veuve fantasque, lady Camille a jeté son dévolu sur le prince Nikolai, qu’elle espère séduire en le conviant à un traditionnel Noël anglais. Que pensera-t-il de sa mère frivole ? De son oncle libidineux ? Rien du tout, puisqu’ils seront absents et que, pour incarner la famille idéale, Camille a eu l’idée géniale d’engager une troupe d’acteurs. Sa sœur Beryl a beau la mettre en garde contre ce projet insensé, Camille n’en fait qu’à sa tête. Elle se voit déjà sur le trône de Grande-Avalonie. Mais dans cette pièce de théâtre brillamment mise en scène, elle ne s’attendait pas à voir débouler Grayson, son amour de jeunesse, de retour des Amériques où il a fait fortune dans l’espoir de la conquérir.

La saga des Montforte, L’intrépide, Danelle Harmon, J’ai Lu : Lord Andrew de Montforte, frère du duc de Blackheath, est un homme de science. Son invention la plus étonnante est un aphrodisiaque très efficace et dangereux. Andrew l’apprendra à ses dépens. Surpris dans une position compromettante avec lady Celsiana Blake, il est contraint de l’épouser. Lui qui tenait tant à son célibat ! Celsiana, elle aussi, n’envisageait pas le mariage. Éprise d’indépendance, elle préfère la compagnie des animaux, à celle des hommes. Mais désormais ces considérations n’entrent pas en ligne de compte. Pour étouffer le scandale, le mariage est la seule issue…

Un amour d’entremetteur, Collectif, J’ai Lu : Qui est M. Bonaparte, ce milliardaire mystérieux, qui réside à Chandler’s Cove, mais que personne n’a jamais aperçu ? Tout ce que l’on sait de lui est qu’il est le propriétaire de Charlie, un malicieux Jack Russel, expert en bêtises. Gabby est un jour convoquée au manoir de M. B, son voisin, et a la surprise de se voir confier par le majordome la garde du petit chien. Charlie va alors s’amuser à chambouler l’existence de sa maîtresse temporaire puis tour à tour celle de ses trois jeunes amies célibataires. Gabby retrouve son meilleur ami des années lycée qui est devenu diablement séduisant ; Marney découvre ce que cache le shérif de Chandler’s Cove qu’elle voit alors d’un œil neuf ; Mia a des regrets et Gideon, le vétérinaire de Charlie, va bousculer ses plans pour elle ; quant à Jenny, elle lève le voile sur le terrible secret qui oblige M. B à vivre reclus, avec pour seule compagnie cet adorable chien, dont il ne veut même pas. Mais qui va changer sa destinée à lui aussi…

L’Hôtel des souvenirs tome 3, Sous le charme, Nora Roberts, J’ai Lu : L’Hôtel Boonsboro prospère sous la conduite de Ryder, le benjamin des frères Montgomery. D’un caractère réservé et bourru, il est au fond un homme en quête d’amour. Un amour qui pourrait bien prendre la forme de Hope Baumont… Citadine chic et glamour, Hope a travaillé dans un grand palace. Pourtant, sur un coup de tête, elle a accepté de prendre la direction de l’auberge familiale des Montgomery. Plus les jours passent, plus l’attirance entre Ryder et la jolie Hope devient indéniable. D’autant plus que l’esprit d’Elizabeth, la revenante qui habite les lieux, semble déterminé à réunir les cœurs…

Le Demi-Monde, Tome 1 : Hiver, Rob Rees, J’ai Lu : Le Demi-Monde est une simulation informatique créée pour entraîner les soldats à la guérilla urbaine. Ce monde virtuel est bloqué dans une guerre civile éternelle. Ses trente millions d’habitants numériques sont dirigés par les avatars des plus cruels tyrans de l’Histoire : Heydrich, l’architecte de l’Holocauste ; Beria, le bourreau de Staline ; Torquemada, l’Inquisiteur sans pitié ; Robespierre, le visage de la Terreur…Mais quelque chose s’est détraqué à l’intérieur même du Demi-Monde, et la fille du Président des États-Unis y est restée coincée.Il incombe à l’agent Ella Thomas d’aller la récupérer, mais, une fois sur place, la jeune femme se rend compte que rien n’est à sa place. Pire, les murs virtuels peinent à contenir le mal insidieux qui semble pervertir toute chose… Le monde réel pourrait bien courir un danger que nul n’a encore osé imaginer !

Peine perdue, Olivier Adam, J’ai Lu : En morte-saison sur la Côte d’Azur, la vie continue, plus mouvante que jamais. Les habitants sont successivement bouleversés par la violente agression d’Antoine, gloire locale du football amateur, laissé pour mort, et par une tempête inattendue qui ravage le littoral, provoquant une importante série de noyades. Familles des victimes, personnel hospitalier, retraités, petits mafieux, vingt-deux hommes et femmes aux prises avec leur propre histoire, sont confrontés à la folie des éléments et emportés par les drames qui agitent la côte. Olivier Adam nous met en présence de ceux dont il n’est jamais question, ces gens à la vie banale, nous-mêmes.

Le roi pâle, David Foster, J’ai Lu : L’auteur entre en apprentissage au centre des impôts de Peoria, dans l’Illinois, où le labeur est extrêmement répétitif. Il s’intéresse surtout aux employés, hauts en couleur. Mais le peu d’humanité qui subsistait dans ce travail se voit bientôt anéanti. Le dernier roman, inachevé, de l’auteur décédé en 2008, qui se met ici en scène.

Standard, Nina Bouraoui, J’ai Lu : Bruno Kerjen avait la certitude que « le monde réel était fait d’hommes et de femmes à son image, qui pouvaient être remplacés sans que personne remarque la différence de l’un, l’absence de l’autre ». Employé d’une entreprise de composants électroniques, cet homme de 35 ans n’attendait rien de la vie. À l’occasion d’un week-end passé chez sa mère près de Saint-Malo,il recroise Marlène. La toxique Marlène de ses années de lycée. Bruno Kerjen, qui s’était comme protégé jusque-là d’éprouver tout sentiment, a désormais un rêve : Marlène. Portrait d’un antihéros de notre temps, d’un homme sans qualités replié sur lui-même, mû uniquement par la peur, Standard est aussi un roman tragique : un homme va chuter, inéluctablement et sous nos yeux, parce qu’il s’est décidé à aimer.

L’écrivain national, Serge Joncour, J’ai Lu : Le jour où il arrive en résidence d’écriture dans une petite ville du centre de la France, Serge découvre dans la gazette locale qu’un certain Commodore, vieux maraîcher à la retraite que tous disent richissime, a disparu sans laisser de traces. On soupçonne deux jeunes « néoruraux », Aurélik et Dora, de l’avoir tué. Mais dans ce fait divers, ce qui fascine le plus l’écrivain, c’est une photo : celle de Dora dans le journal. Dès lors, sous le regard de plus en plus suspicieux des habitants de la ville, cet « écrivain national », comme l’appelle malicieusement monsieur le Maire, va enquêter à sa manière, celle d’un auteur qui recueille les confidences et échafaude des romans, dans l’espoir de se rapprocher de la magnétique Dora. Dans une atmosphère très chabrolienne, Serge Joncour déroule une histoire à haute tension : les quelques semaines de tranquillité que promettait ce séjour d’écriture se muent, lentement mais sûrement, en une inquiétante plongée dans nos peurs contemporaines.

La Cache, Christophe Boltanski, Stock : « Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes. De la petite comme de la grande histoire. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »
Que se passe-t-il quand on tête au biberon à la fois le génie et les névroses d’une famille pas comme les autres, les Boltanski ? Que se passe-t-il quand un grand-père qui se pensait bien français, mais voilà la guerre qui arrive, doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un « entredeux », comme un clandestin ? Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité, du talent et de la liberté bohème ? Comment transmet-on le secret familial, le noyau d’ombre
qui aurait pu tout engloutir ?
La Cache est le roman-vrai des Boltanski, une plongée dans les arcanes de la création, une éducation insolite « Rue-de-Grenelle », de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui. Et la révélation d’un auteur.

Eva, Simon Liberati, Stock : Un soir de l’hiver 1979, quelque part dans Paris, j’ai croisé une femme de treize ans dont la réputation était alors « terrible ».
Vingt-cinq ans plus tard, elle m’inspira mon premier roman sans que je ne sache plus rien d’elle qu’une photo de aparazzi. Bien plus tard encore, c’est elle qui me retrouva à un détour de ma vie où je m’étais égaré.
C’est elle la petite fée surgie de l’arrière monde qui m’a sauvé du labyrinthe et redonné une dernière fois l’élan d’aimer.
Par extraordinaire elle s’appelle Eva, ce livre est son éloge.

Funny Girl, Nick Hornby, Stock : Dans les Swinging Sixties la nation tout entière est sous le charme de Sophie Straw, la nouvelle star de la comédie à succès de la BBC. Ça tombe bien, cette ancienne Miss Blackpool n’a qu’une ambition dans la vie : faire rire les gens. En studio comme à l’écran, l’équipe du feuilleton vit de grands moments. Les scénaristes, pour qui le genre comique est une religion, cachent tous deux un secret. Pur produit d’Oxbridge, le producteur est dévoué corps et âme à l’équipe en général et à Sophie en particulier. Quant à Clive, le premier rôle masculin, il a la tenace intuition que ce n’est qu’une parenthèse dans sa carrière… Lorsque la fiction rejoint la réalité de trop près et que le scénario épouse les péripéties de la vie, chacun doit faire un choix. Continuer ou changer de chaîne ? Une défense et illustration de la pop culture et du divertissement, pleine de fous rires et de tendresse.

L’illusion délirante d’être aimé, Florence Noiville, Stock : « Une évidence. Une évidence aussi tangible qu’une pierre au milieu d’un jardin : C. est persuadée que je l’aime, que je l’ai toujours aimée. Comment puis-je faire semblant d’avoir oublié ? »
L’illusion délirante d’être aimé est une maladie, chronique, dangereuse, et parfois mortelle, nommée syndrome de Clérambault, car elle fut découverte par le célèbre psychiatre. C’est aussi un roman implacable, un thriller des sentiments : l’histoire d’une obsession et d’une dépossession. Un amour à perpétuité. Un amour qui ne peut que mal finir.

Un homme dangereux, Emilie Frèche, Stock : « – Maintenant que tu as vraiment quitté ton mari, on va pouvoir parler. Je veux que tu deviennes ma femme. Je t’aime, je veux vivre avec toi, mais avant, il faut que tu laisses tes enfants.
– Pardon ?
– Je suis sérieux. Il faut que tu les laisses à leur père, je te dis ça pour leur bien. Elles seront très heureuses avec lui ; ils partiront vivre en Israël, ce sera beaucoup plus simple, et tu iras leur rendre visite pour les vacances.
– T’es complètement malade.
– Tu sais bien que non, puisque c’est comme ça que ça va se terminer pour les juifs de France. Sept mille juifs sont partis rien que cette année, c’est moi qui l’invente ? Bientôt, il n’y aura plus de juifs en France. Plus un seul juif. Tu te rends compte, un peu ? Le grand rêve de Vichy réalisé par des Merah, des Nemmouche, des Kouachi. Que des petits enfants de bicots qu’on a fait venir du bled pour assembler des boulons, et qui feront mieux que les idéologues du Troisième Reich, sans même avoir besoin de vous mettre dans des trains. Tout ça simplement en jouant avec votre peur. Quelle intelligence ! Quelle économie, surtout. La France nettoyée pour pas un rond. »

Ce pays qui te ressemble, Tobie Nathan, Stock : C’est dans le ghetto juif du Caire que naît, contre toute attente, d’une jeune mère flamboyante et d’un père aveugle, Zohar l’insoumis. Et voici que sa soeur de lait, Masreya, issue de la fange du Delta, danseuse aux ruses d’enchanteresse, le conduit aux portes du pouvoir. Voici aussi les mendiants et les orgueilleux, les filous et les commères de la ruelle, les pauvres et les nantis, petit peuple qui va roulant, criant, se révoltant, espérant et souffrant.
Cette saga aux couleurs du soleil millénaire dit tout de l’Égypte : grandeur et décadence du roi Farouk, dernier pharaon, despote à l’apparence de prince charmant, adoré de son peuple et paralysé de névroses. Arrivée au pouvoir de Gamal Abdel Nasser en 1952 et expulsion des Juifs. Islamisation de l’Égypte sous la poussée des Frères musulmans, première éruption d’un volcan qui n’en finit pas de rugir… C’est la chute du monde ancien, qui enveloppait magies et sortilèges sous les habits d’Hollywood. La naissance d’un monde moderne, pris entre dieux et diables.

Les bannis, Laurent Carpentier, Stock : « Tous, ils marchent en chantant. Ils ne sont ni joyeux ni tristes, mais ils chantent. Ils sont ma famille, mon peuple, ma condamnation à l’errance. Ils viennent de Picpus ou de Bretagne, de Bucarest ou de Tunisie, d’Istanbul ou de Lannemezan, de Pittsburgh ou du Jura… Ils n’ont souvent rien en commun et pourtant ils fredonnent tous le même chant d’exil, le même récit d’un bannissement. »
Une histoire vraie racontée comme une fiction, celle d’une famille unique et surprenante.

Sœurs de miséricorde, Colombe Schneck, Stock : « Elle n’a pas le choix, elle doit partir. À Santa Cruz, tout est fermé, plus rien ne circule, l’argent, les gens, même les fruits pourrissent sur les arbres. Les femmes partent les unes après les autres, de plus en plus loin. Comment trouver du travail, un logement, quand on ne connaît personne ? Ni la langue, ni les rues, ni ce qu’on mange, ni les règles ? »
Née en Bolivie dans une famille indigène, Azul a grandi dans un paradis où les fruits, les fleurs, les couleurs, les goûts prospéraient. Immigrée économique, laissant mari et enfants, langue et robes indiennes, rites et prières, elle va découvrir l’Europe et ses riches propriétaires. Comment montrer à ses patronnes ce que leurs yeux ne voient pas du monde ? Comment conserver la bonté reçue dans l’enfance ?

Nous serons des héros, Brigitte Giraud, Stock : « Les nuits où je ne dormais pas, j’ouvrais le velux et je m’installais sur le toit, j’étais le seul dans la cité à jouir de ce privilège, passer la nuit à la belle étoile, dans le plus grand secret. Le ciel était-il le même ici qu’au Portugal, les constellations étaient-elles visibles depuis la lucarne de la prison de Peniche où mon père avait été enfermé ? »
En ce début des années soixante-dix, Olivio et sa mère viennent de fuir la dictature portugaise. Ils s’installent dans une banlieue lyonnaise et emménagent bientôt chez Max, un rapatrié d’Algérie, avec qui ils espèrent un nouveau départ. Alors que Max accepte mal l’adolescent, Olivio se lie à Ahmed, un immigré algérien de son âge, auprès de qui il trouve tendresse et réconfort.

Il faut tenter de vivre, Éric Faye, Stock : « Dans les temps qui avaient précédé notre rencontre, je m’étais représenté Sandrine Broussard d’une manière très subjective, sur la base de ce qu’on me racontait. À vrai dire, peu m’importait de savoir si j’étais près de la vérité ou non. Je faisais évoluer la jeune femme sur une orbite éloignée de Bonnie Parker, où elle gravitait comme un astre de faible brillance, et je l’imaginais de taille moyenne, blonde, mignonne, pareille à Faye Dunaway dans le film. Sandrine était la portion incongrue de mon univers, différente de tout, rétive aux classements. »
Lorsque le narrateur croise enfin Sandrine Broussard il est happé par ce personnage magnétique, son exact contraire. La jeune femme va lui raconter ses vies multiples et tumultueuses, faites d’arnaques et de clandestinité. Mais au plus profond d’elle-même, elle aspire à ne plus être une « passagère clandestine » et à retrouver une place dans ce monde. Pour « tenter de vivre », il faut abandonner plusieurs « moi » derrière soi. Le peut-on ? Et quel est le prix à payer pour sortir du tunnel ?

La roue du temps tome 7, Une couronne d’épée, Robert Jordan, Bragelonne : Après avoir échappé à la Tour Blanche, Rand a réussi un exploit : obtenir la fidélité de certaines Aes Sedai renégates. Mais il est toujours pris en tenaille entre les Suppôts des Ténèbres et les Seanchaniens, une pression dont il se passerait bien alors qu’il réunit ses forces pour s’attaquer au bastion de Sammael. De leur côté, Elayne et Nynaeve cherchent un moyen de briser l’emprise du Ténébreux sur le climat. Quant à Egwene, elle conduit une armée vers Tar Valon. L’Ultime Bataille approche.

La guerre du lotus tome 1, Endsinger, Jay Kristoff, Bragelonne : Alors que la guerre civile éclate, la Guilde du lotus s’apprête à utiliser son invention la plus meurtrière, afin d’unifier l’empire sous le règne de la peur. Yukiko et Buruu se voient contraints de prendre la tête de la rébellion, faisant appel à de nouveaux alliés et de vieux amis. Mais le passé de Buruu rend la tâche difficile, et la confiance des Kagé est fragilisée par la traîtrise qu’ils viennent de subir. Avec l’arrivée d’un nouvel adversaire dans la bataille, la victoire est plus qu’incertaine.

Nous sommes là, Michael Marshall, Bragelonne : Lorsque David bouscule un inconnu à New York, ce qu’il entend va changer sa vie pour toujours : Souviens-toi de moi. À présent, des phénomènes étranges ne cessent de se produire, et David ne parvient pas à se départir de l’impression que quelqu’un l’observe. Puis John et sa compagne Kristina viennent en aide à une amie se sentant suivie en permanence. En creusant un peu, ils déterrent quelque chose d’inimaginable. Il existe des êtres cachés dans l’ombre, qui observent, attendent. Prêts à sortir…

Au-delà des apparences, Roy Johansen, Bragelonne : Comment piéger un tueur en qui personne ne croit ? Joe Bailey est surnommé le Briseur d’Esprit. Ancien magicien professionnel, il est devenu un illustre détective pour la police d’Atlanta, en démasquant les arnaques des faux médiums et autres spiritualistes qui profitent des esprits crédules. Et il vient tout juste d’être chargé de sa première affaire sensationnelle : un assassinat. La victime est le responsable d’un programme de parapsychologie de l’université, dont le cadavre est retrouvé empalé dans sa propre maison, sur une sculpture massive que personne ne pourrait déplacer. Le principal suspect : un garçon de huit ans capable de brusques manifestations de télékinésie. Le garçon pourrait-il être le meurtrier ? Joe ne le croit pas… et il est déterminé à le prouver. Pour cela, il va devoir séparer la réalité de l’illusion mais ne peut même pas faire confiance à ses propres sens.

Un si beau soleil pour mourir, James Patterson, L’Archipel : Ethan et Abby, mariés depuis peu, passent leur lune de miel sur une île enchanteresse des Caraïbes. Eaux turquoises le matin, champagne le soir… Mais le rêve prend fin, brutalement. Le couple est tué dans le sauna de leur suite de luxe.
Peu de temps après, deux amoureux convolant à Rome sont assassinés. Qui peut bien s’en prendre à des couples mariés depuis peu ?
L’ex-agent du FBI John O’Hara se voit confier  l’enquête tandis que l’agent spécial Sarah Brubaker traque de son côté un autre serial killer, dont les victimes ont un étonnant point commun : elles portent toutes le même nom : John O’Hara !
Des lors, les routes de John et de Sarah vont se croiser. Il leur faudra, pour arrêter les deux criminels, unir leurs efforts. Et plus si affinités…

Les sentiers de l’aube, Jacqueline Briskin, Archipoche : En 1946, Marylin et Caroline Wynan, les descendantes de la riche famille Van Vliet (les héros de Paloverde), et leur amie Beverly vivent à Glendale, riche banlieue de Los Angeles.
Caroline, la première à se marier, épouse un ancien soldat avec qui elle aura des jumeaux. Caroline, sa sœur cadette, qui étudie les sciences politiques à l’Université de Los Angeles, tombe amoureuse d’un écrivain. Quant à Beverly, rescapée de l’Holocauste, elle peine encore à dépasser les traumas et les plaies de la Seconde Guerre Mondiale.
Quel héritage laisseront ces trois femmes, dont les destins ne cessent de se croiser, à leurs enfants ? Alix, Crickette, Roger et Vliet Reed parviendront-ils à tracer leur chemin à travers l’effervescence des années 1960, propices à tous les excès ?
Des années 1940 aux années 1970, la saga de la dynastie Van Vliet se poursuit, avec en arrière-plan les soubresauts d’une Amérique en mutation.

Jane, Alexandre Dumas, Archipoche : 1812. Le lieutenant russe Elim Melosor, second à bord du Vladimir, assiste au naufrage d’un navire au large de la Hollande, pays ennemi. Accompagné de cinq marins, il tente de sauver les sinistrés. Mais leur chaloupe est détruite et les naufragés sont rejetés sur les côtes. Ils se réfugient dans un moulin, à temps pour sauver les occupants attaqués par des bandits.
Des commerçants cachent les naufragés et font passer le lieutenant pour un neveu venu d’Allemagne, en attendant qu’ils puissent réembarquer. Entretemps, le beau lieutenant est tombé amoureux de Jane, la fille de ses protecteurs… Le jour prévu pour le départ secret des Russes, Melosor demande la main de Jane. Mais le père de trouve l’union trop dangereuse. L’odieux capitaine Montane, douanier en chef, en profite pour tenter sa chance. Devant le nouveau refus du père, il décide de se venger et de dénoncer les marins cachés… Dans leur fuite précipitée, ceux-ci emmènent Jane, qui les a alertés… Or seule les femmes mariées sont tolérées à bord du Vladimir

Le chant du pipiri, Anne de Bourbon-Sicile, Archipoche : Fort-de-France, 1950. La vie est douce pour Louise Baudin de La Molinière sur cette île où sa famille s’est établie il y a plus de trois siècles. Chaque matin, au chant du pipiri, la petite fille retrouve au jardin son ami de cœur, Man, le fils du régisseur, dans leur cabane nichée au creux du flamboyant centenaire. Ils se sont promis de se marier, un jour…
Mais ici les Noirs, descendants d’esclaves, ont vocation à servir. Et les filles de Békés, comme elle, doivent épouser un fils de leur classe sociale et mener une vie oisive dans le confort d’une maison coloniale. À dix-huit ans, Louise est contrainte par ses parents, furieux de cette liaison qui dure, d’aller étudier à Paris. À peine arrivée, déchirée par cette séparation, Louise apprend qu’elle attend un enfant…
Vingt ans après, Rodolphe, son fils, métis en quête de son identité, regagnera la Martinique, à la rencontre des fantômes du passé.
De Fort-de-France à Paris, de Saint-Tropez à Capri, une saga où se mêlent amours et trahisons, où la face cachée de la société martiniquaise n’a rien à envier celle de la haute société parisienne.

La zone d’intérêt, Martin Amis, Calmann-Lévy :
DÉCOR
Camp de concentration Kat Zet I en Pologne.
PERSONNAGES
Paul Doll, le Commandant : bouff on vaniteux, lubrique, assoiffé d’ alcool et de mort.
Hannah Doll, l’épouse : canon de beauté aryen, mère de jumelles, un brin rebelle.
Angelus Thomsen, l’officier SS : arriviste notoire, bellâtre, coureur de jupons.
Smulz, le chef du Sonderkommando : homme le plus triste du monde.
ACTION
La météorologie du coup de foudre ou comment faire basculer l’ordre dans un système allergique au désordre.
Comment explorer à nouveau la Shoah sans reprendre les mots des autres ? Comment oser un autre ton, un regard plus oblique ? En nous dévoilant une histoire de marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire, Martin Amis remporte brillamment ce pari. Une manière habile de caricaturer le mécanisme de l’horreur pour le rendre plus insoutenable encore.

Les sentiers de l’exil, Françoise Bourdon, Calmann-Lévy : Dans les Cévennes, à la fin du XVIIe siècle. Élie vit avec sa femme, Jeanne, et leurs trois enfants sur la terre de Jéricho, un domaine qui se transmet chez les Bragant depuis des générations. La révocation de l’édit de Nantes en 1685 est un séisme pour cette famille protestante. Les huguenots sont traqués et persécutés par les dragons du roi. Élie est chassé de sa terre, séparé de Jeanne, on lui arrache ses enfants. La famille est dispersée; chacun doit faire des choix vitaux : abjurer ou fuir, se cacher ou résister…
Des sentiers de l’exil aux couvents catholiques, des cachots de Grenoble à une troupe de comédiens ambulants, des campements de camisards dans les Cévennes aux galères de l’Arsenal de Marseille, les Bragant sont happés dans un tourbillon d’aventures et de drames, pourchassés par la haine mais sauvés par l’amour aussi… sans que jamais ne s’éteigne leur rêve de retrouver un jour Jéricho…

L’étrange destin de Marie, Élise Fischer, Calmann-Lévy : Le 23 décembre 1933, Marie Laumont, jeune cantatrice nancéienne, prend le train du retour après un récital à Paris. Au kilomètre 25, c’est la catastrophe : son train est percuté par un autre rapide et déraille. Avec des dizaines d’autres passagers, Marie est prise au piège de l’amas de ferraille. Très vite, les sauveteurs comprennent qu’il faudra une grue pour lever la locomotive sous laquelle se trouvent prisonnières la jeune femme et la petite Suzette. L’attente est interminable. Un médecin, Jacques, maintient le contact avec Marie, essaie de la réconforter. Célibataire endurci, hanté par le sentiment de sa culpabilité dans la mort tragique de sa mère, l’ancien chirurgien de la Grande Guerre n’a rien de commun avec la toute jeune femme luttant pour sa survie. Pourtant, l’épreuve terrible que traverse Marie ravive ses propres traumatismes, au risque de le faire sombrer dans le désespoir. Et si au contraire cette catastrophe était l’occasion pour lui d’oser l’avenir et d’exorciser ses démons ?

Fils du Shéol, Anouar Benmalek, Calmann-Lévy : Trois histoires d’amour pour remonter à l’origine du mal…
Trois générations, deux génocides.
Tout commence dans la touffeur ignoble d’un wagon à bestiaux. Le jeune Karl y fait la connaissance d’Helena, son bref et unique amour le temps du voyage. À son arrivée en Pologne, le gamin juif est gazé.
Dès lors, depuis un étrange séjour des morts, le Shéol, il est condamné à regarder évoluer les siens et à tenter d’éviter désespérément la catastrophe.
Ainsi retrouve-t-il son père, devenu Sonderkommando. Dans la noirceur de sa condition, ce dernier rêve à sa lumineuse Élisa, la mère de Karl, rencontrée et épousée en Algérie des années auparavant. Poursuivant son effroyable voyage à rebours, Karl croise Ludwig, son grand-père, qui au début du siècle a servi dans l’armée allemande du Sud-Ouest africain. Et le secret que l’aïeul n’a jamais pu raconter de son vivant – sans doute la clé de leur destinée à tous –, son petit-fils finit par l’apprendre depuis sa nouvelle demeure : celui de l’existence d’Hitjiverwe, une jeune femme héréro passionnément aimée, victime avec son peuple d’une barbarie oubliée, terrible avertissement aux générations futures.

Mémoires fauves, René Guiton, Calmann-Lévy : Fauves est une rock-star tout en démesure, à la renommée planétaire. Sa compagne, Aurélie, grand reporter, parcourt le monde, quand Michel dirige des carrières d’ artistes pour un label international.
En trois mois, de novembre 2013 à janvier 2014, un triangle amoureux complexe et déconcertant se tisse sur une toile d’Occident et d’Orient, de phobies extrémistes, de personnages écorchés, d’animaux et de masques qui peuplent l’univers de Fauves depuis sa secrète enfance.

Un amour impossible, Christine Angot, Flammarion : Pierre et Rachel vivent une liaison courte mais intense à Châteauroux à la fin des années 1950. Pierre, érudit, issu d’une famille bourgeoise, fascine Rachel, employée à la Sécurité sociale. Il refuse de l’épouser, mais ils font un enfant. L’amour maternel devient pour Rachel et Christine le socle d’une vie heureuse. Pierre voit sa fille épisodiquement. Des années plus tard, Rachel apprend qu’il la viole. Le choc est immense. Un sentiment de culpabilité s’immisce progressivement entre la mère et la fille. Christine Angot entreprend ici de mettre à nu une relation des plus complexes, entre amour inconditionnel pour la mère et ressentiment, dépeignant sans concession une guerre sociale amoureuse et le parcours d’une femme, détruite par son péché originel : la passion vouée à l’homme qui aura finalement anéanti tous les repères qu’elle s’était construits.

L’exercice de la médecine, Laurent Seksik, Flammarion : Léna Kotev est cancérologue à Paris. Elle descend d’une longue lignée de médecins : Pavel Alexandrovitch exerça dans la Russie tsariste, Mendel fut professeur dans le Berlin des années 1920, Natalia fut victime, sous Staline, de l’affaire du complot des Blouses blanches. Loin des glorieux combats, Léna rêve de se soustraire à la légende familiale. Mais peut-on échapper à un destin inscrit dans une mythologie qui nous dépasse ? Comme dans ses précédents romans, Laurent Seksik entremêle les destinées, les personnages illustres et anonymes, l’intime et l’Histoire. À la fois quête contemporaine et traversée du siècle, L’Exercice de la médecine tend un miroir à notre époque et célèbre l’art de guérir et le refus de la fatalité.

Vladimir Vladimirovitch, Bernard Chambaz, Flammarion : Pendant une année, Vladimir Vladimirovitch Poutine, homonyme du président russe, consigne la vie de son double dans trois cahiers. Le cahier rouge raconte son enfance puis son entrée au KGB. Le gris retrace ses cinq années comme agent secret en Allemagne puis sa lente métamorphose en homme de l’ombre dans les années 1990. Le noir décrit sa vie depuis son accession à la présidence.

La septième fonction du langage, Laurent Binet, Grasset : « À Bologne, il couche avec Bianca dans un amphithéâtre du XVIIe et il échappe à un attentat à la bombe. Ici, il manque de se faire poignarder dans une bibliothèque de nuit par un philosophe du langage et il assiste à une scène de levrette plus ou moins mythologique sur une photocopieuse. Il a rencontré Giscard à l’Elysée, a croisé Foucault dans un sauna gay, a participé à une poursuite en voiture à l’issue de laquelle il a échappé à une tentative d’assassinat, a vu un homme en tuer un autre avec un parapluie empoisonné, a découvert une société secrète où on coupe les doigts des perdants, a traversé l’Atlantique pour récupérer un mystérieux document. Il a vécu en quelques mois plus d’événements extraordinaires qu’il aurait pensé en vivre durant toute sa vie. Simon sait reconnaître du romanesque quand il en rencontre. Il repense aux surnuméraires d’Umberto Eco. Il tire sur le joint. »
Le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes, renversé par une camionnette de blanchisserie le 25 février 1980. L’hypothèse est qu’il s’agit d’un assassinat. Dans les milieux intellectuels et politiques de l’époque, tout le monde est suspect…

Histoire de l’amour et de la haine, Charles Dantzig, Grasset : Voici sept personnages avec qui nous vivons, des premières manifestations contre le « mariage pour tous » jusqu’aux dernières. Il y a Ferdinand, garçon de vingt ans blessé par la vulgarité de son père, le député Furnesse, vedette homophobe des médias et fier de l’être ; Pierre, le grand écrivain n’écrivant plus ; Ginevra, qu’il tente d’aimer ; Armand et Aron, qui vivent en couple ; Anne, si belle et victime de sa beauté ; bien d’autres encore. Tous apportent leur voix à ce concert de l’esprit où le comique le dispute à la rage.
Que s’est-il passé durant cette période ? Quel esprit est entré dans Paris, si contraire à Paris ? Comment ce qu’on appelle un événement transforme-t-il la vie des hommes ?
Le grand roman de l’amour au temps de la haine.

Profession du père, Sorj Chalandon, Grasset : « Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »

L’amour à trois, Olivier Poivre d’Arvor, Grasset : C’est en Guyane, de Cayenne à Maripasoula – au pays des orpailleurs et des indiens Wayanas – que Léo entreprend de retrouver la trace de son ami d’adolescence, Frédéric.
Il veut lui annoncer la mort du grand amour qu’ils ont partagé, Hélène, qui fut il y a trente ans leur professeur de philosophie et leur initiatrice érotique.
A la surface de sa brumeuse mémoire ressurgit la géographie dangereuse, belle et imprécise du désir de trois jeunes gens dans les années soixante-dix.
Que s’est-il vraiment passé entre eux trois à l’époque ?
En remontant le cours du fleuve Maroni et celui du temps, Léo caresse la nostalgie de cet âge d’or, ce rêve perdu de la jeunesse baigné de refrains musicaux : fragile, blessé, amnésique, il s’obstine à retrouver la trace de l’homme qui pourra, peut-être, résoudre l’énigme de sa propre existence.

Place Colette, Nathalie Rheims, Leo Scheer : À l’âge de 9 ans, la narratrice de Place Colette est victime d’une erreur de diagnostic qui la cloue sur un lit d’hôpital, le corps prisonnier d’une coquille de plâtre. Au terme de trois années de calvaire, un professeur finit par découvrir la véritable maladie ; il l’opère et la sauve.
La jeune fille a passé ce temps immobile à découvrir la littérature et les textes classiques. Elle voue une passion sans limite au théâtre. Revenue à la vie, elle tourne autour de la Comédie-Française et de la place Colette. Le jour de ses 13 ans, elle entre dans la loge d’un comédien dont elle est tombée amoureuse. Bien qu’il ait trente ans de plus qu’elle, elle lui propose de devenir son cadeau d’anniversaire.
Ce roman, qui aurait pu s’intituler Détournement de majeur, est l’histoire d’une double initiation, à l’amour charnel et à la passion du théâtre. Écrit à la première personne, il est pourtant aux antipodes de ce que l’on qualifie d’autofiction : le mensonge enveloppé dans une rhétorique de vérité. C’est un « roman-vrai », où l’auteur se cherche et finit par faire tomber le masque.

Games of love tome 1, L’enjeu, Rachel Van Dicken, City : Jake et Kacey ont grandi ensemble. Au lycée, ils ont eu une brève relation qui s’est mal terminée. Malgré tout, ils ont réussi à rester amis. Quelques années plus tard, quand Jake lui demande de faire semblant d’être sa fiancée pour rassurer sa grand-mère très malade, Kacey accepte. Elle va passer le week-end dans la propriété familiale en faisant comme si elle allait se marier avec Jake. La belle jeune femme a toutefois oublié un léger détail : Travis. Le frère. Elle le détestait quand ils étaient adolescents. Mais le ténébreux Travis a bien grandi et son magnifique sourire exerce une attraction irrésistible…

Demain, il fera beau, Céline Rouillé, City : Depuis longtemps, Sarah rêve d’ouvrir un gîte en Normandie. Un jour, à quarante ans, elle saute le pas et décide de s’installer en famille près d’Etretat, entre mer et campagne. En famille ? C’est ce qu’elle croyait, mais la veille du déménagement, son mari lui annonce brusquement qu’il ne viendra pas. Bien obligée de se débrouiller seule, avec deux enfants, une maison à rénover, des voisins pas toujours charmants, une actrice à héberger le temps d’un tournage, Sarah doit changer radicalement de vie. Au fil des jours, à la poursuite du bonheur malgré les difficultés, des personnes qui étaient des inconnus deviennent des amis. L’horizon s’éclaire peu à peu et tout semble pouvoir recommencer…

Noir Ego, Pierre Gaulon, City : Au milieu de l’été, sur une aire d’autoroute, un homme disparaît. Il s’est littéralement volatilisé lors d’une simple halte en famille. Sa femme et ses deux enfants le recherchent désespérément avec l’aide d’un policier à la retraite rencontré par hasard. Philippe a-t-il décidé d’abandonner sa femme et ses enfants ? Ou alors est-il la proie de cet assassin en cavale qui sévit dans la région ? Quelles autres hypothèses pourraient expliquer cette incroyable disparition ? Bloquée sur l’aire d’autoroute à cause d’une violente tempête, face à l’incompréhension, une famille vole en éclats. Elle va de découvertes en découvertes et comprend bientôt que chaque homme possède une face cachée et des secrets inavouables.

Le club de la petite librairie, Deborah Meyler, City : Jeune femme brillante, Esme obtient une bourse à l’université de Columbia à New York. Dans cette ville où tout est tellement éphémère, elle tombe amoureuse de Mitchell. Tout va bien. Jusqu’à ce qu’elle soit enceinte : là, Mitchell annonce qu’il s’en va. Déterminée à reprendre sa vie en main, Esme trouve un travail dans une petite librairie de quartier, tenue par George, son propriétaire excentrique, et le taciturne Luke dont le rêve est de devenir guitariste. Au milieu des livres, la jeune femme trouve un réconfort bienvenu, tout comme auprès des clients de la librairie qui deviennent des amis et des soutiens. Et puis, un jour, Mitchell revient. Esme a-t-elle vraiment envie de lui accorder une seconde chance ? Le bonheur est-il à ce prix ?

Le tombeau du diable, Eric Bony, City : Journaliste au magazine Enigm, Thomas Cazan a réussi à décrocher un rendez-vous avec le propriétaire du fameux médaillon de Mandrin, un bijou « maudit » depuis le XVIIIe siècle. La rencontre tourne court lorsque le propriétaire du pendentif est sauvagement assassiné. Accusé de meurtre et de vol, Thomas n’a d’autre choix que de mener sa propre enquête pour prouver son innocence. Il doit percer le secret du médaillon qui révélerait l’emplacement du « Tombeau du diable » et de son mythique trésor. Face à de redoutables ennemis qui semblent toujours avoir une longueur d’avance, une course contre la montre s’engage. Diabolique…

Ce qui ne nous tue pas…, Carole Declercq, Terra Nova : 1944, pendant l’Occupation. Les Français vivent désormais dans l’espoir d’un débarquement allié et l’inquiétude gagne l’armée allemande, accentuant les crispations et les duretés perpétrées contre la population française. Maximilian von Wreden, officier du Renseignement allemand, est en poste à Paris depuis quelques mois quand il rencontre Marianne, une étudiante en philosophie de vingt et un ans. Sa peau est douce, ses lèvres sont tendres, elle réussit à apaiser ses démons intérieurs. Ce que Maximilian ne sait pas, c’est que la jeune femme travaille en réalité pour un réseau de résistants. Elle a volontairement été jetée dans la gueule du loup pour le séduire et lui soutirer des informations sensibles. Pour elle, il est d’abord l’homme à abattre. Mais pas seulement…

Boussole, Mathias Enard, Actes Sud : Insomniaque, sous le choc d’un diagnostic médical alarmant, Franz Ritter, musicologue viennois épris d’Orient, fuit sa longue nuit solitaire dans les souvenirs d’une vie de voyages, d’étude et d’émerveillements. Nuit mélancolique et mélodieuse, sur un motif de fugue à deux voix puisqu’entrelaçant le fil de son attachement pour le grand est (Alep, Palmyre, Damas, Istanbul, Beyrouth, mais aussi l’Iran et le désert), avec celui de sa grande histoire avec Sarah – la passionnée des fous d’Orient – que Franz se raconte, comme pour la réinventer mieux qu’il n’a su la vivre. Tissée de destinations lointaines et de rencontres marquantes au fil de destins voyageurs – séjours universitaires ou archéologiques, débats historiques ou philologiques -, cette histoire est celle d’une main tendue, d’un désir pur de mélanges et de découvertes que l’actualité contemporaine vient gifler. Et le tragique écho de ce fiévreux élan brisé résonne dans l’âme blessée des personnages comme il traverse le livre. Voyage autour d’une chambre, panorama d’un double amour impossible, d’un double rendez-vous manqué, Boussole est le témoignage d’une rencontre déterminante, de métissages profonds et d’infernales folies – l’inventaire amoureux de l’incroyable apport de l’Orient à la culture et à l’identité occidentales. Sur le pouvoir et les impuissances de la fascination, sur la solitude de l’esthète et l’élusive préservation des traces, l’auteur de Zone orchestre une quête éperdue et délibérée de l’autre en soi et s’y montre vertigineux d’érudition, irrésistible de mélancolie et déchirant de lucidité.

Otages intimes, Jeanne Benameur, Actes Sud : Photographe de guerre, Etienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à ré-apprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril. De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre duquel il pourrait reprendre langue avec le monde. Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement, se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, l’ex petite fille abandonnée, avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de témoigner. Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ? De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.

La source, Anne-Marie Garat, Actes Sud : Quasiment invisible dans son berceau d’arbres, bâtie sur des terres presque marécageuses en contrebas d’un bourg de Franche-Comté, une demeure baroque, inattendue, extravagante, où vit seule Lottie, une solide nonagénaire, intimidante et d’apparence peu amène. C’est pourtant elle qui, en l’absence de tout hôtel aux environs, va, pour quelques nuits, héberger au domaine des Ardenne, dans la chambre du « passant polonais », la narratrice de ce roman. Professeur de sociologie, celle-ci s’est rendue au Mauduit dans le cadre d’une enquête universitaire afin d’obtenir, pour elle-même et ses étudiants, l’autorisation de compulser les archives communales de ce village, illustrant sans doute autant que bien d’autres l’évolution de la ruralité en France au XXe siècle. Tous les soirs, au coin du feu, cependant qu’un dîner rustique mijote sur les braises, Lottie va, pour sa visiteuse, dévider par le travers l’histoire du domaine où elle est, très jeune, entrée comme domestique et dont elle est à présent la seule occupante. Mais faut-il la croire sur parole, elle qui, photos à l’appui, dit n’être que la récitante des fantômes qui ont habité ces murs ou qui sont partis vers l’Afrique, le Tonkin ou les forêts du Yukon ? Parmi ces photos, justement, celle, neigeuse, d’une cabane en rondins, qu’une créature à l’oreille coupée vint déposer sur la table de la cuisine par une journée de l’été 1904 en même temps qu’une fillette dans ses langes, la remuante et mystérieuse petite Anaïs, qui sur le continent où elle était née, portait, dans la langue de la tribu indienne des Hän, dans le Yukon, le nom de Onayepa : « Princesse de l’hiver ». Envoûtée par des récits qui ne la tiennent captive que pour mieux libérer son propre désir empêché de renouer avec une histoire qui soit sienne, la narratrice, venue en réalité au Mauduit pour mener une enquête d’une tout autre nature que celle dont elle se réclame officiellement, aura également à interpréter pour sa propre gouverne les archives communales, la liste des noms sur un monument aux morts de 14-18 ou sur des tombes de cimetières, et à revisiter l’orée sanglante d’une forêt du pays de Langres pour non seulement devenir l’héritière de son propre passé mais, dans la lointaine Vancouver, transmettre à Abel le secret du sien en l’incitant à lire enfin les lettres de son père, arpenteur du grand nord-ouest canadien pendant la ruée vers l’or du Klondike et devenu pionnier de l’ethnologie amérindienne par amour de la petite orpheline jadis déposée aux Ardenne… Mais est-ce partir assez loin pour dissiper la neige des fictions et apprendre de quelles filiations criminelles s’hérite l’histoire ? Dans ce nouveau roman aussi sensible qu’admirablement maîtrisé, qui fait entrer mémoire et mensonge dans le plus passionnant des dialogues, Anne-Marie Garat invite le lecteur à pénétrer dans ces occultes « chambres noires » intérieures où réalités et fictions, plongées dans un même bain révélateur, fécondent leurs images contraires pour donner naissance au conte ininterrompu dont la littérature nourrit ses puissants sortilèges jusqu’à recomposer la matière même du temps.

Pensée assise, Mathieu Robin, Actes Sud Junior : Sofia et Théo filent le parfait amour. Tout irait bien si le jeune homme, paralysé des jambes à la suite d’un accident, n’avait pas une obsession : embrasser sa dulcinée debout, comme les gens valides. Il s’y essaie par tous les moyens, à ses risques et périls…

L’esprit de l’ivresse, Loïc Merle, Babel : Un homme rentre chez lui, fatigué, usé par l’âge et les regrets. La nuit va tomber, les Iris, sa banlieue parisienne, se dressent dans le crépuscule entre épreuve et destination. Ce trajet familier, Youssef Chalaoui pressent confusément qu’il lui sera fatal. Mais il en ignorera l’impact profond, irrévocable, sur le quartier, ses habitants, le pays. Cette nuit-là, au terme d’un long et hésitant et macabre ballet, la périphérie s’enflamme. Et bientôt, la France entière bascule. Dans L’Esprit de l’ivresse, la révolution est traitée hors champ ; comme les bouleversements organiques du grand corps malade de la société contemporaine. Chorégraphique et musical, le roman procède par mouvements amples. A la course désordonnée et assoiffée de liberté de Clara S., l’égérie malgré elle, répond la fuite ouatée du Président Henri Dumont, bloc de souffrances et d’indécision. Chacun cherche en lui-même un élan radical, un feu qui brûle jusqu’aux lendemains, un ressort contre l’impuissance dérisoire et l’acharnement magnifique que recouvre l’idée de destin. C’est par les corps individuels que Loïc Merle pénètre et explore la chair collective d’une Grande Révolte imaginaire dont la proximité plausible (inévitable ?) saisit le lecteur. Par les corps que s’exprime le besoin désespéré d’être ensemble et d’être plusieurs, face à l’engrenage du réel – et de la realpolitik – qui broie les êtres et les âmes, atrophie les esprits, avorte la notion même d’avenir. Cette nuit des hommes, l’auteur la dessine d’une phrase riche et lumineuse, légèrement étourdie, comme exactement ivre. Car, semble-t-il nous dire, de vital et de salvateur, ne nous restera-t-il bientôt plus que l’esprit de l’ivresse ? C’est une des questions cruciales qui traversent ce premier roman d’une ampleur et d’une ambition rares.

Conquistadors, Eric Vuillard, Babel : « Conquistadors raconte un épisode de la conquête du monde telle que je l’ai rêvée, ouragan ou invasion de sauterelles. C’est en tous les cas un grand raout d’or et de sang, épopée glorieuse et vulgaire, comme elles le sont toutes, assortiment de hautes manœuvres et de mauvais coups. Cet épisode est celui de la conquête du Pérou par Francisco Pizarre et de la destruction de l’Empire inca. On y voit s’ouvrir la tragédie de notre monde, celui où nous vivons, par un grand fait divers où la mappemonde, Dieu, l’or et la poudre se rencontrent. Ainsi, s’accrochant aux pentes sèches de la Cordillère pour la grande chasse à Dieu, les mercenaires d’Espagne soufflèrent sur les premières braises de l’empire le vent glacial du progrès. »

La Grande Bleue, Nathalie Démoulin, Babel : En 1967, en Franche-Comté, Marie est encore lycéenne quand elle tombe amoureuse d’un jeune bûcheron, se retrouve enceinte et se marie. Alors qu’elle rêvait d’une « vie à soi », différente de celle de sa mère, à l’âge de vingt ans elle a déjà deux enfants, et comme nombre de jeunes filles d’origine populaire de l’époque, son destin est tracé. Le jeune couple quitte sa forêt natale pour une hlm de Vesoul, et tous deux entrent à l’usine, chez Peugeot. Au travers des dix années qui suivent, c’est le grand basculement de l’après-68 que Nathalie Démoulin nous raconte, celui de la condition des femmes et de la classe ouvrière. Dans ce roman d’une vie, elle tisse remarquablement histoire intime et extime, pour nous raconter les destins de Marie et de ses proches – notamment celui de son frère Ivan, détruit par la guerre d’Algérie et qui finira par rejoindre le Front national. Avec minutie, elle dépeint ces années 1970 si proches et si lointaines désormais, durant lesquelles la France a basculé de l’utopie à la crise. Un roman « historique » qui nous éclaire sur les temps actuels.

Rouge ou mort, David Peace, Rivages : « Pour une fois, je voulais écrire sur un type bien. » Voilà comment David Peace s’est pris d’amour pour Bill Shankly, entraîneur hors pair qui forgea la légende du Liverpool Football Club entre 1960 et 1974. Un homme du peuple aux ambitions grandioses. En quatre-vingt-dix chapitres hypnotiques, Rouge ou mort est une ode à tout ce qui peut être accompli quand tout semble perdu, une ode aux utopies et à la valeur du collectif. A travers l’épopée sportive des « Rouges », David Peace poursuit son histoire singulière de l’Angleterre ; un pays dans lequel le football devient une métaphore pour raconter comment des valeurs fondamentales se sont irrémédiablement perdues. Au-delà de l’histoire d’un club devenu mythique, Rouge ou mort est une magistrale chanson de geste.

Le jour de gloire, Danielle Thiéry, Rivages : Amboise Guerry s’est installé à la place de son jumeau, le commissaire Amaury Guerry, qu’il avait assassiné dans Crimes de Seine (où il avait également descendu la commissaire Edwige Marion d’une balle dans la tête). Or Amboise n’est pas seulement un meurtrier, c’est aussi un psychopathe qui refuse obstinément d’admettre la mort, des années auparavant, de son petit frère Abel. Il utilise donc son identité usurpée de flic pour rechercher partout le jeune homme disparu, tout en s’assurant de l’impunité pour ses crimes et en jouant au chat et à la souris avec les collaborateurs d’Edwige Marion, qui se méfient de lui en attendant que leur patronne se réveille. C’est alors que Guerry reconnaît enfin Abel, dissimulé derrière les traits du fils du Président de la République. Évidemment, ce dernier est très protégé, mais pour un commissaire, l’approcher n’est pas si difficile…

Les loups à leur porte, Jérémy Fel, Rivages : Une maison qui brûle à l’horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu’il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un dîner perdu en plein milieu de l’Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu’elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu’est-ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret les lie ? C’est à ce grand puzzle que nous convie ici Jérémy Fel, dans une atmosphère énigmatique et troublante entre Twin Peaks et les romans de Joyce Carol Oates.

La reine Victoria, Lytton Strachey, Payot : Reine de Grande-Bretagne et d’Irlande, Victoria accède au trône en 1837, à l’âge de dix-huit ans. Elle témoigne d’un caractère indépendant et énergique et épouse en 1840, malgré l’avis de sa mère, son cousin Albert de Saxe-Cobourg. Initiée à la politique par Lord Melbourne, elle laisse fonctionner le régime parlementaire et essaie surtout d’intervenir en politique étrangère. C’est pendant son règne que la Grande-Bretagne s’installe au premier rang des puissances économiques mondiales et que l’Empire connaît son apogée coloniale. Son ministre favori, Disraeli, lui fait donner en 1876 le titre d’impératrice des Indes. Par son prestige et son autorité, Victoria symbolise l’Angleterre impérialiste et victorieuse. La célèbre biographie que lui a consacrée Lytton Strachey poursuit la veine d’Eminents victoriens où l’ironie le dispute à l’irrévérence et qui révolutionna le genre biographique.

Le choix de Rudi, Françoise Dargent, Hachette : « Novembre 1951, Union soviétique. Il fait un froid de loup. Rudi a 13 ans. Il court dans la forêt pour échapper à son père, ce père parti à la guerre et qui n’en est jamais tout à fait revenu, ce père qui ne le connaît pas. Le père de Rudi aurait voulu un fils à son image : un gars qui aime la chasse, qui fera un métier d’homme. Pour Rudi, la vie, c’est la musique et la danse. Sa force, sa puissance, il les met dans chacun de ses pas, de ses pliés, de ses sauts. Bientôt, envers et contre tout, Rudi écrira lui-même son avenir. Bientôt, il vivra son rêve, celui qui va l’emmener à Moscou, Leningrad et à travers le monde, celui où il devient un danseur inoubliable : Rudolf Noureev… »

Effraction, Alain Defossé, Fayard : Au départ, un simple cambriolage qu’Anne Rivière voudrait considérer comme un non-événement, à peine un fait divers. Depuis quarante ans qu’elle vit seule dans son deux-pièces parisien du XIXe arrondissement, c’est la première fois que l’on fracture sa fenêtre. Elle n’en fait pas un drame. Pourtant, quelque chose s’infiltre par la vitre brisée. Une brèche s’ouvre qu’elle ne pourra plus combler. Elle regarde, témoin d’elle-même, le passé qui s’engouffre. Affluent les images, et les trous noirs dans sa vie. Quand la police lui apprend l’identité de son voleur, un jeune type du quartier, cette dame effacée à l’existence mécanique semble sortir d’un long rêve. La voilà qui arpente les rues et le cherche. Elle découvre son adresse et lui écrit, passe la nuit sur son palier, l’attend au tribunal. Et se souvient de la jeune fille qu’elle fut, qui portait un autre prénom, qui était amoureuse. Avant. Avant un épisode de sa vie qu’elle s’est employée à oublier et auquel son cambrioleur fantôme vient sans le savoir de la ramener.

78, Sébastien Rongier, Fayard : Il y a cet homme qui a gardé le réflexe de tendre la main sous la table pour caresser son chien, alors que son chien est mort. Cette femme qui boit du Get 27 pour oublier que son amant ne viendra pas. Ce militant d’extrême droite qui cherche à embrigader le patron de la brasserie. À l’abri des regards, dans la cuisine, il y a le rescapé d’une nuit d’octobre. Et puis il y a l’enfant. L’enfant qu’un adulte accompagnait mais qui est seul à présent devant son verre vide. L’enfant qui attend que l’adulte revienne.
Nous sommes en 1978, dans une brasserie près de la cathédrale de Sens. C’est un instantané de la France et d’une époque. Mais aussi le récit atemporel et poignant de la perte de l’enfance, dans le bourdonnement indifférent de cette ruche française.
Sébastien Rongier fait d’un café une chambre d’échos, où résonnent les voix d’un pays venant tout juste de basculer dans la crise. Avec les guerres mondiales et coloniales, le paysage social se décompose et se recompose. Et les différentes lignes de forces du passé et du présent se croisent toutes, dans ce bar, dressant un portrait à la fois morcelé et puissant du XXe siècle français.

Appartenir, Séverine Werba, Fayard : De la guerre, de la déportation et de la mort de ses proches, Boris, le grand-père de la narratrice, n’a jamais parlé. Autour de lui chacun savait, mais, dans l’appartement du 30, rue de Leningrad, que tout le monde appelait « le 30 », le sujet n’était jamais évoqué.
Et puis Boris est mort. La jeune femme a vécu un moment au 30, en attendant que l’appartement soit vendu, elle avait vingt ans, et elle a cédé à une bibliothèque les livres en russe et en yiddish de son grand-père. Plus personne ne parlait ces langues dans la famille.
Ce n’est que dix ans plus tard, au moment de devenir mère, que s’est imposé à elle le besoin de combler ce vide et de reprendre le récit familial là où il avait été interrompu. Moins pour reconstituer le drame que pour réinventer des vies. Retrouver les rues de Paris autrefois populaires où vivaient Rosa, la sœur de Boris, avec sa fille Lena, déportées en 1942 ; voir ce village lointain d’où son grand-père était parti pour se créer un avenir qu’il espérait meilleur ; entendre couler cette rivière d’Ukraine sur laquelle, enfant, il patinait l’hiver. Comprendre où ils vécurent et furent assassinés.
Alors elle cherche, fouille, interroge, voyage, croisant la mort à chaque pas dans son étrange entreprise de rendre la vie à ces spectres. C’est une quête insensée, perdue d’avance, mais fondamentale : celle d’une identité paradoxale qu’il lui faut affirmer.

Une robe pour Versailles, Jeanne Albrent, Le Livre de poche jeunesse : À quatorze ans, Ariane est apprentie couturière. Elle donnerait tout pour habiller les grandes dames de la Cour ! Mais, elle doit se faire une raison : jamais, elle ne sera de ce monde. Un jour pourtant, elle est remarquée par Madeleine Béjart, la comédienne de Molière. La voilà enfin libre de créer des robes extraordinaires, de se rendre au Louvre et à Versailles et même de tomber amoureuse. Mais autour de la troupe de Molière, rôdent des dangers insoupçonnés.

U4. Yannis, Florence Hinckel, Nathan : Yannis vit à Marseille. Ses parents et sa petite sœur sont morts. Maintenant, il voit leurs fantômes un peu partout– peut-être qu’il devient fou ? Quand il sort de chez lui, terrifié, son chien Happy à ses côtés, il découvre une ville prise d’assaut par les rats et les goélands, et par des jeunes prêts à tuer tous ceux qui ne font pas partie de leur bande. Yannis se cache, réussit à échapper aux patrouilles, à manger… Mais à peine a-t-il retrouvé son meilleur ami que ce dernier se fait tuer sous ses yeux. Il décide alors de fuir Marseille et de s’accrocher à son dernier espoir : un rendez-vous fixé à Paris…

U4. Jules, Carole Trébor, Nathan : Jules vit reclus dans son appartement du boulevard Saint-Michel, à Paris. Il n’a pas de nouvelles de ses parents, en voyage à Hong Kong lorsque l’épidémie a commencé de se propager. Le spectacle qu’il devine par la fenêtre est effroyable, la rue jonchée de cadavres. Mais il sait qu’il ne pourra pas tenir longtemps en autarcie. Pour affronter l’extérieur, Jules redevient le guerrier impavide qu’il était dans le jeu. Il va alors retrouver son frère aîné, qui se drogue et dont il ne peut rien attendre, puis secourir une petite fille qui a mystérieusement échappé au virus et qu’il décide de prendre sous son aile. Son seul espoir : le rendez-vous fixé par Warriors of Times.

U4. Koridwen, Yves Grévet, Nathan : Koridwen est la dernière survivante d’un hameau de Bretagne. Avec l’aide du vieux Yffig, elle a inhumé les neuf autres habitants du coin. Puis le vieux Yffig est mort à son tour, et Koridwen l’a enterré lui aussi. Avant de mourir, la mère de Kori lui a confié une enveloppe laissée par sa grand-mère, à ouvrir le jour de ses quinze ans. Cette lettre, qui parle d’un long voyage et de mondes parallèles, fait si étrangement écho au message reçu sur Warriors of Times que Koridwen est ébranlée malgré elle. Elle décide d’aller chercher son cousin Max et de se rendre avec lui en tracteur au rendez-vous à Paris.

Ne regarde pas tome 2, Michelle Gagnon, Nathan : L’heure n’est plus à la fuite, mais à la lutte. Noa a décidé de se battre contre la corporation qui se cache derrière le sinistre Projet Perséphone. Avec d’autres adolescents rescapés du Projet, elle monte une armée souterraine et sillonne les États-Unis pour empêcher leurs ennemis de kidnapper de nouveaux cobayes. Peter, resté à Boston, utilise ses talents de hacker pour pénétrer dans le système de l’organisation. Mais une poignée de jeunes peut-elle venir à bout d’un tel complot ?

Le couloir des ténèbres, Anne Perry, 1018 : L’infirmière Hester Monk et son mari William, commandant de la police fluviale, livrent une bataille désespérée contre deux scientifiques qui, au nom de la médecine, se sont tournés vers le crime.
Magnus Rand, un médecin rusé, et son frère Hamilton, un chimiste de génie, sont prêts à tout pour remédier à la fatale maladie « du sang blanc ». Dans l’annexe du Royal Naval Hospital de Londres, à Greenwich, alors qu’Hester Monk s’occupe d’un des patients des frères Rand, le richissime Bryson Radnor, elle dcouvre trois jeunes enfants terrifiés et apprend avec stupeur qu’ils ont été emprisonnés par le frères Rand à des fins expérimentales. Mais les frères Rand sont trop près de leur but pour permettre à quiconque de révéler leurs expériences. Hester est enlevée avant d’avoir pu les dénoncer. William Monk et ses fidèles amis – l’avocat Oliver Rathbone et l’ancien tenancier de bordel Squeaky Robinson – parcourent les rues de Londres et la belle campagne anglaise à leur recherche, sachant que le temps leur est compté.

La famille Middlestein, Jami Attenberg, 1018 : Grandeur et décadence d’une famille juive de Chicago, confrontée à l’appétit dévorant d’une mère. Best-seller du New York Times, élu livre du mois d’Amazon lors de sa parution, dans la lignée de Jonathan Franzen, un livre universel sur le mariage, la filiation et l’obsession de notre société pour la nourriture, porté par un humour aussi cinglant que désopilant, et une humanité débordante. Bienvenue chez les Middlestein, une famille au bord de la crise de nerfs, depuis que Edie, la mère, risque d’y passer si elle ne prend pas au sérieux ses problèmes d’obésité. Cerise sur le gâteau, le père la quitte pour découvrir à soixante ans les affres du speed dating. Une trahison impardonnable pour leur célibataire invétérée de fille, un rebondissement que voudrait bien oublier leur fils en fumant son joint quotidien, si sa femme ne s’était mis en tête de sauver Edie à base de cours de Pilates et de Weight Watchers, quand elle n’est pas en train d’obliger leurs jumeaux à réviser leur chorégraphie hip-hop pour leur bar-mitsvah ! Une question taraude toutefois les Middlestein : et s’ils étaient tous un peu responsables du sort d’Edie ? Une ronde de personnages à la fois tragique et jubilatoire pour un roman addictif !  

Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, Kerry Hudson, 1018 : Venue au monde sous une bordée d’injures, Janie Ryan file une jeunesse âpre dans l’Écosse en crise des 80’s. De refuges en HLM minables, entre une famille aussi fêlée qu’aimante, l’alcool, les fins de mois à sec et les beaux-pères éclairs, elle se raconte. Et se construit : armée d’un humour féroce et d’une rage d’en découdre, Janie rêve d’une vie à elle, et elle l’aura. Un fabuleux portrait de femme(s), et d’une époque à vif, rythmé par une langue insolente.

Ailleurs, Richard Russo, 1018 : Un monde ailleurs : c’était le rêve de Jean Russo, femme fière, charmante, autoritaire mais fragile, brisée dans son désir d’indépendance par de violentes crises nerveuses. À chaque étape de la vie de son fils, de son enfance à Gloversville à son mariage, elle l’a suivi comme une ombre encombrante et intouchable. À cette mère fêlée, et muse, l’écrivain offre un vibrant portrait et saisit avec lucidité le lien singulier qui unit une mère à son fils.

Son of a gun, Justin St Germain, 1018 : Septembre 2001. Les Twin Towers tombent à New York. À Tombstone, Arizona, théâtre de la fusillade d’O.K. Corral, un autre drame se joue : Debbie est retrouvée dans sa caravane, le corps criblé de balles. Son cinquième mari ? Enfui. Dix ans après, Justin St. Germain revient sur les lieux, sondant le passé pour tenter d’élucider le destin de cette femme, instable, aimante. Sa mère. Son of a Gunbrosse avec une éclatante sobriété le tableau d’une société qui n’est pas prête à rendre les armes.

La couleur des ombres, Colm Tóibín, 1018 : Une jeune fille hérite d’une maison, un homme contemple une vague, un autre son amant, une femme agonise et un fils se souvient… Tous ont quitté leur famille, leur passé, leur pays. Libérés, mais hantés par d’éternels fantômes, ils reviennent, parfois contraints, à leur terre natale. Un voyage douloureux et vibrant à l’aune duquel chacun mesurera « l’épaisseur de son âme ». Dans une prose envoûtante, ces neuf récits content le moment de basculement où, quittant l’ombre de leur exil intérieur, des vies accèdent enfin à la clarté.

Le stratagème de la lamproie, Catherine Fradier, Pocket : Une vague d’attentats sans précédent s’abat sur les majors pétrolières. Le prix du brut s’emballe, la Bourse est sous tension. À l’ASE – Agence de sécurité économique – Éléonore de Coursange et son équipe découvre bientôt que, derrière ces événements, se cache une vaste opération financière menée par le tentaculaire groupe Nelson International. Un conflit mondial et souterrain est en cours. Services secrets et puissants de ce monde s’affrontent dans une guerre de pouvoir aux enjeux financiers colossaux. Et c’est à ses risques et périls que la subtile Léo s’invite dans la partie…

Bubble, Anders de la Motte, Pocket : Tout Stockholm est en effervescence. À l’occasion d’un baptême dans la famille royale, une grande fête nationale est annoncée. Seul Henrik Pettersson, dit HP, se tient à l’écart de la liesse générale. Il vient d’accepter une mission susceptible de changer le cours de l’Histoire. Manipulé depuis trop longtemps, il n’a plus qu’une obsession : comprendre. N’être qu’un pion sur l’échiquier du pouvoir, jusqu’à y sacrifier sa vie, à quoi bon ? À qui obéit-il vraiment ?
Tandis que sa paranoïa grandit, HP inquiète ses proches. Quand sa sœur Rebecca Normén apprend l’existence d’un coffre-fort ayant appartenu à leur père, et qui contient divers passeports et une arme ancienne, ses craintes se précisent. Ce qui détruit son frère a déjà marqué le passé familial…

Au-delà des étoiles, Beth Reves, PKJ : Dans les entrailles de Godspeed, de lourds secrets ont été soigneusement enfouis. Des secrets dont dépend le sort de ses passagers… Si le vaisseau est alimenté par le mensonge, il est aussi menacé par le chaos.

Digitale, Sarah Wagon, PKJ : Un monde sans émotions, le bonheur sous contrôle.
Jade, vingt ans, vit dans une société parfaite, ou la violence a été éradiquée. Comme tout le monde, elle porte, implantée dans la nuque, une puce digitale qui régule ses émotions. Guérisseuse au Centre de Reboot, Jade traite les déficients dont la puce a buggé… Jusqu’à l’arrivée de Sacha Fleery. Toutes les réinitialisations échouent sur ce jeune homme exalté, sauvage. Malgré l’aversion qu’il lui inspire, Jade accepte de s’approcher de lui pour tenter de le sauver. Un choc. Si bouleversant que la puce de Jade disjoncte. Reconnectée, Jade découvrira la peur, le désir… et la révolte.

Blasmusikpop, Vea Kaiser, Presses de la cité : Au commencement était le ver.
Johannes se destinait à autre chose qu’à cette vie fruste dans le village de ses ancêtres. Son grand-père, Johannes premier du nom, avait lui-même quitté Saint-Peter-sur-Anger pour aller étudier en ville – et observer le développement des vers solitaires ! –, avant de revenir et de s’établir comme médecin. C’est ce dernier qui a communiqué à son petit-fils son goût du savoir et sa passion pour Hérodote, qui font de lui aussi un original dans ce microcosme alpin où se cultiver est considéré comme hautement suspect. Ainsi, lorsque le jeune homme échoue au baccalauréat, quel drame ! Le voici condamné à rester parmi les « barbares ». Et il ne tarde pas à se faire embrigader dans l’un des événements majeurs de la localité : la venue d’un grand club de football hambourgeois…
Des dialogues savoureux, une langue inventive, tantôt désuète, tantôt moderne, des personnages hauts en couleur, un luxe de détails, de l’esprit, beaucoup d’esprit. Avec son premier roman, très remarqué au moment de sa parution, Vea Kaiser s’en est donné à cœur joie.

 Le présent infini s’arrête, Mary Dorsan, POL : Infirmière dans un appartement thérapeutique rattaché à un hôpital psychiatrique, la narratrice travaille auprès d’adolescents atteints le plus souvent de pathologies du lien. D’inspiration autobiographique, le récit décrit un huis clos dans un lieu où se côtoient, coexistent et souvent s’affrontent avec violence les soignants et les patients.

Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai, POL : Quand on parle d’amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d’abandon. On ne cite pas Corneille, on cite Racine. Les gens déclament ses vers même sans les comprendre pour vous signifier une empathie, une émotion commune, une langue qui vous rapproche. Racine, c’est à la fois le patrimoine, mais quand on l’écoute bien, quand on s’y penche, c’est aussi du mystère, beaucoup de mystère. Autour de ce marbre classique et blanc, des ombres rôdent. Alors Nathalie Azoulai a eu envie d’aller y voir de plus près. Elle a imaginé un chagrin d’amour contemporain, Titus et Bérénice aujourd’hui, avec une Bérénice quittée, abandonnée, qui cherche à adoucir sa peine en remontant à la source, la Bérénice de Racine, et au-delà, Racine lui-même, sa vie, ses contradictions, sa langue. La Bérénice de Nathalie Azoulai veut comprendre comment un homme de sa condition, dans son siècle, coincé entre Port-Royal et Versailles, entre le rigorisme janséniste et le faste de Louis XIV, a réussi à écrire des vers aussi justes et puissants sur la passion amoureuse, principalement du point de vue féminin. En un mot, elle ne cesse de se demander comment un homme comme lui peut avoir écrit des choses comme ça. C’est l’intention de ce roman où l’auteur a tout de même pris certaines libertés avec l’exactitude historique et biographique pour pouvoir raconter une histoire qui n’existe nulle part déjà consignée, à savoir celle d’une langue, d’un imaginaire, d’une topographie intime. Il ne reste que peu d’écrits de Racine, quelques lettres à son fils, à Boileau mais rien qui relate ses tiraillements intimes. On dit que le reste a été brûlé. Ce roman passe certes par les faits et les dates mais ce ne sont que des portes, comme dans un slalom, entre lesquelles, on glane, on imagine, on écrit et qu’on bouscule sans pénalités.

Pas pleurer, Lydie Salvayre, Points : Bernanos était là. Il a tout vu. La répression franquiste à Majorque, la complaisance de l’Église face à la barbarie des Nationalistes, la terreur exercée contre les « mauvais pauvres ». De la guerre civile, Montsé, elle, garde aujourd’hui un unique et radieux souvenir, celui de cet été 1936 ou, dans la ferveur libertaire, elle a rencontré André parmi les révolutionnaires de Barcelone. Deux récits s’entremêlent pour reconstruire cette Espagne en guerre, mais surtout ce qu’elle a laissé dans les cœurs des deux narrateurs.

Tsili, Aharon Appelfeld, Points : 1942. Tsili Kraus a douze ans et vit dans un petit village d’Europe centrale. Quand la haine anti-juive éclate au grand jour, tous s’enfuient, laissant Tsili seule pour garder la maison. Et personne ne revient. Tsili doit lutter pour survivre. Elle se nourrit de fruits sauvages, vole, mendie, jusqu’a ce qu’elle rencontre Marek, évadé d’un camp, et qui se cache lui aussi…

Le voleur de morphine, Mario Cuenca Sandoval, Points : Le soldat Bentley le Maigre est parachuté de son Vermont natal à la Corée hostile des années 1950. Renfermé et négatif, il ne comprend pas pourquoi il a été envoyé au combat dans ce pays d’arriérés. Puis il fait la connaissance de Wilson Reyes, un Colombien dont la finesse d’esprit transforme son regard sur la guerre. Un jour, Wilson est porté disparu et Bentley décide de partir à sa recherche.

Retour à Little Wing, Nickolas Butler, Points : Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l’âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d’autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo. Une chose les unit encore : l’attachement indéfectible à leur ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd’hui, l’heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c’est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute…

Bain de lune, Yanick Lahens, Points : Un pêcheur découvre, échouée sur la grève, une jeune fille qui semble avoir été agressée. La saga familiale dont elle est l’héritière remonte sur trois générations. Les Lafleur et les Mésidor vivent dans un petit village d’Haïti. Les deux clans se détestent et pourtant lorsque Tertulien Mésidor rencontre Olmène Dorival, petite-fille d’un Lafleur, l’attirance est réciproque.

Terminus radieux, Antoine Volodine, Points : Après l’écroulement de la Deuxième Union soviétique, la Sibérie est dévastée par des accidents nucléaires et devient à jamais inhabitable. Solovieï, président du kolkhoze Terminus radieux, met ses pouvoirs surnaturels au service de son rêve de toute-puissance. Assisté par l’immortelle Mémé Oudgoul, il règne en maître sur le destin des hommes et des femmes de son village. Prisonniers et militaires cherchent en vain à mettre fin à leur errance, mais il leur faudra attendre des milliers d’années pour que s’éteigne la présence de Solovieï dans leur cauchemar.

Le rire du grand blessé, Cécile Coulon, Points : Dans un monde totalitaire où la lecture publique est devenue un outil idéologique de manipulation des masses, le jeune agent 1075 garantit la sécurité du système. Il a pour obligation de ne jamais apprendre à lire et de bannir tout contact avec l’écrit, mais à l’hôpital il assiste un jour à une lecture donnée dans le service pédiatrique.

Viva, Patrick Deville, Points : Lorsque Léon Trotsky débarque en 1937 à Tampico, sa gloire politique est derrière lui. Il est l’exilé à qui seul le Mexique a accordé le droit d’asile. Accueilli chez Frida Kahlo et Diego Rivera, il demeure cet homme remarquablement intelligent écarté de tout pouvoir et qui ne peut plus qu’écrire. Au même moment, Malcolm Lowry est à Cuernavaca pour écrire son grand chef d’oeuvre, Au-dessous du volcan. Sans jamais se rencontrer, les deux hommes croisent et décroisent leurs destins, d’un passé mouvementé vers une issue fatale.

Dans les yeux des autres, Geneviève Brisac, Points : Molly est médecin, Anna écrivain. Tandis que Molly affronte la misère du monde, Anna, en quête d’inspiration, se replonge dans ses carnets de jeunesse. Au temps où, dans les années 1970, les deux sœurs défilaient dans Paris et vibraient au mot « Camarades ». Où elles voulaient s’engager dans la lutte armée au Mexique avec leurs compagnons Marek et Boris. Une mère excentrique, des amants inconstants, le rêve d’une communauté utopique, l’éclat trompeur du milieu littéraire… Après toutes ces années, que reste-t-il de leurs idéaux ?

Petit piment, Main Mabanckou, Seuil : L’histoire de Petit Piment, un jeune orphelin effectuant sa scolarité dans une institution d’accueil catholique. Lors de la révolution socialiste, il en profite pour s’évader. Adolescent, il commet toutes sortes de larcins. Il trouve refuge auprès de Maman Fiat 500 et de ses dix filles. Mais de nouvelles épreuves lui feront perdre la tête.

Un mauvais garçon, Deepti Kapoor, Seuil : Elle a vingt ans à New Dehli. Elle n’a ni père (parti vivre à Singapour), ni mère (décédée), ni repères. Elle est belle. Sa tante, chez qui elle vit, cherche à la marier. Elle brûle d’une énergie qui n’a nulle part où aller, alors elle se plie aux conventions et garde ses pensées pour elle-même. Un jour, dans un café, il la dévisage. Plus âgé, quelque chose de sauvage dans le regard, il semble venir d’ailleurs. Il est laid, et pourtant tout chez lui attire inexorablement la jeune fille. Il l’initiera au sexe, à l’alcool, aux drogues ; aux plaisirs du corps et à la noirceur de l’âme. Elle bravera tous les interdits, et découvrira avec lui un New Dehli secret, dangereux et enivrant où se côtoient l’ancestral et l’ultramoderne, la richesse et la putrescence, le profane et le sacré, et où pulse une rage de vivre que rien n’arrête. Mené d’une main de maître, Un mauvais garçon est une spirale d’amour et de destruction virtuose. Etude du désir, appel à la liberté, c’est aussi un hommage à New Delhi, à sa violence et à sa beauté.

Les hémisphères, Mario Cuenca Sandoval, Seuil : Deux jeunes étudiants, Gabriel et Hubert, se trouvent à Ibiza. Ils viennent d’y passer des vacances où ils ont donné libre cours à leurs passions communes : les discussions sur le cinéma, les filles, l’alcool et une poudre orange, la dantéine, qu’ils consomment sans relâche. Sous son emprise, ils ont un accident de voiture qui provoque la mort d’une jeune femme. La disparition de cette inconnue au corps fascinant – elle a des jambes interminables et ne possède pas de nombril – va les conduire, chacun de son côté, à la poursuite d’une silhouette à peine aperçue mais néanmoins obsédante, celle qui restera à tout jamais « la Première Femme ». Près de trente ans plus tard, les anciens amis semblent retrouver la « Première » sous les traits de Carmen, une femme qu’ils vont tous deux aimer. Avant de la perdre, à Barcelone, de manière tragique. Tout comme Gabriel, à Paris cette fois, perdra bientôt Mériem – nouvelle incarnation de la « Première ». Dans une seconde partie hallucinée, la quête amoureuse tourne au road movie – avant de s’achever, de manière magistrale, au cœur d’un volcan.

Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d’habiter sur Terre, Philippe Delerm, Seuil : Sans doute, ce nouveau recueil est-il particulièrement « solaire », invités que nous sommes à goûter au plaisir transgressif du mojito, à se faire surprendre par une averse, à tremper nos lèvres dans la perfection transparente de la pastèque… Mais chez Philippe Delerm, le soleil ne va jamais sans pluie, et le bonheur sans mélancolie. Grand lecteur de Jules Renard, l’auteur le cite en exergue : « Le vrai bonheur serait de se souvenir du présent ». Ce présent qui ne cesse de s’échapper, bien sûr, et dont nous avons déjà la nostalgie alors même que nous le vivons. Voici quelques exemples de ces textes. « Tendre est la vie cruelle » : sur l’amour fragile de deux personnes qui, à près de 60 ans, ont plus de passé que d’avenir à vivre ensemble, mais qu’un baiser volé va rappeler à leur adolescence. « On ne peut pas être plus près, plus chauds, plus confondus. Et pourtant c’est le fragile qu’on sent. » Le bonheur de « Danser sans savoir danser » : on n’a jamais été de ceux qui fréquentent les boîtes de nuit. On admirait ceux qui, sur les pistes de danse, évoluaient si facilement. Mais un jour, à un mariage, « on choisit de danser. Danser, c’est un grand mot. On bouge comme un ours. Mais ce n’est pas grave. On a passé l’âge des susceptibilités. Chance, ça commence par un twist. On peut jouer son insuffisance au deuxième degré, en pliant les genoux, avec un mouvement de bras qui ne donne pas le change, mais semble se moquer de toute une époque – la nôtre. » « Le mensonge de la pastèque » : « Elle est trop belle. Étrange. Est-ce qu’on la boit, est-ce qu’on la mange ? Elle est comme une fausse piste du désir. (…) La mangue et la goyave ont goût de mangue et de goyave. La pastèque n’a goût de rien et c’est donc elle qu’on désire en vain. Elle est la perfection de son mensonge (…) Elle n’est qu’un mirage de la chaleur et de l’été. »

Le beau temps, Maryline Desbiolles, Seuil : La vie romancée de Maurice Jaubert, compositeur niçois né en 1900 connu avant tout pour ses musiques de films, et mort en 1940 sur le front.

Un cheval entre dans un bar, David Grossman, Seuil : Sur la scène d’un club miteux, dans la petite ville côtière de Netanya en Israël, le comique Dovale G. distille ses plaisanteries salaces, interpelle le public, s’en fait le complice pour le martyriser l’instant d’après. Dans le fond de la salle est assis un homme qu’il a convié à son one man show – ils se sont connus à l’école -, le juge Avishaï Lazar, retraité et veuf inconsolable. Il écoute avec répugnance le délire verbal de l’humoriste. Mais peu à peu le discours part en vrille et se délite sous les yeux des spectateurs médusés. Car ce soir-là Dovale met à nu la déchirure de son existence lorsque adolescent, alors à Gadna (camp de préparation militaire parascolaire) avec son ami Avishaï, on l’avait informé de la mort d’un de ses parents sans lui préciser lequel. Et jusqu’à l’enterrement, Dovale s’était trouvé devant ce choix terrible : de qui – mère ou père – « souhaitait-il » la mort ? Avishai, par lâcheté, lui avait tourné le dos alors que Dovale avait eu besoin de son soutien. Le juge comprend où Dovale veut en venir avec ce spectacle. Il ressent soudain l’envie d’écrire. Il noircit de notes les serviettes qu’il a sous la main. Trahison de l’amour, trahison de l’amitié ? Règlement de comptes ? Pourtant, à la fin du spectacle, entre le juge et l’humoriste, un début de rédemption s’ébauche.

La saison des Bijoux, Eric Holder, Seuil : « Faire une saison », c’est l’idée que Jeanne et Bruno se sont mis en tête : quitter les monts du Lyonnais au milieu du printemps pour aller planter parasols et tréteaux au grand vent de l’Atlantique, sur la place du village balnéaire de Carri, à la lisière des dunes. Marchands ambulants, ils forment une petite tribu que complètent Alexis, onze ans, et Virgile, soixante et un ans. On les appellera en toute simplicité les Bijoux – leur fabrication, leur fierté -, ils disposeront d’une poignée de mètres carré au soleil et seront adoubés par des confrères qui se nomment eux-mêmes Nanou Primeurs, Fromage ou Château-Migraine le pinardier. Et puis il y a Forgeaud, le boss du marché, protecteur incontournable et despote au passé obscur. Forgeaud qui, frappé par la beauté physique de Jeanne, en perd le souffle et se promet de la posséder avant la fin de l’été. En commençant par humilier publiquement son compagnon. Plus que jamais dans son élément, Eric Holder s’empare de cette saison mouvementée au goût de sel, prétexte à un exercice virtuose de portraitiste, à des scènes et tableaux qui réservent un régal de lecture. Mais surtout, cette chronique délicate et amoureuse rend hommage à une société, à la fois marginale et populaire, dont la littérature parle rarement.

Villa des femmes, Charif Majdalani, Le Seuil : Tout sourit à Skandar Hayek, homme d’affaires libanais prospère et respecté. A la tête d’un négoce de tissus, il règne d’une main de fer sur son usine et sur son clan, malgré les nuages qui s’amoncellent sur le pays en ce début des années 1960 ou encore, de manière plus prosaïque, les disputes incessantes entre Marie, son épouse, et Mado, son acariâtre de soeur. Qu’importe, au fond, quand on se croit éternel, que rien ne dure : il sera bien temps, le moment venu, de se choisir un successeur, entre Noula, ce fils aîné qui ne doute de rien et surtout pas de lui-même, ou Hareth, le cadet, rêveur, épris de livres et de voyages. Depuis la terrasse ensoleillée de la villa familiale où il passe le plus clair de son temps, le narrateur, qui est aussi le chauffeur et le confident du vieux Skandar, observe et raconte cet âge d’or que rien ne semble jamais devoir vraiment ternir, à l’image de la belle Karine, fille chérie du patron. Jusqu’à ce que l’impensable se produise : un matin, le patriarche s’effondre au beau milieu de son usine, devant ses ouvriers médusés. Dans la querelle de succession qui s’ouvre alors, Noula semble tenir la corde, mais à quel prix ? Les femmes, elles, s’entre-déchirent, tandis que Hareth, impavide, est parti au loin, dans une errance qui le mènera jusqu’aux confins d’un orient magnifique et méconnu. Mais les femmes de la villa devront faire taire leurs disputes, déposer Noula, affronter la guerre civile qui éclate, les milices et leurs chefs prédateurs : prendre le pouvoir, en somme.

Popcorn Melody, Émilie de Turckheim, Héloïse d’Ormesson : « Dans la vie, un certain niveau de manque est une bénédiction. » Tom Elliott, la trentaine, est propriétaire de la dernière supérette de Shellawick, un bled paumé du Midwest, frappé par l’alcoolisme et le chômage, situé au milieu d’un désert de cailloux noirs infesté de mouches. 50% des habitants de Shellawick se tuent à la tâche dans l’usine de popcorn du groupe Buffalos Rocks, magnat industriel qui domine toute la région. Depuis des années, la bourgade se meurt et les commerces de Shellawick ferment les uns après les autres. Mais le coup fatal est porté par l’ouverture d’un immense supermarché ultramoderne juste en face du commerce de Tom. La descente aux enfers commence… Derrière les personnages burlesques, l’improbable décor et ses deux magasins, symboles de deux rapports totalement opposés à la consommation, à la vie, au besoin et à la satiété Popcorn Melody jette un regard comique sur notre société capitaliste et pointe du doigt l’anéantissement de la culture et des populations amérindiennes. Avec son univers déjanté et sa plume ô combien ciselée, Émilie de Turckheim donne un coup de pied bien placé dans notre confortable fourmilière.

Courrier des tranchées, Stefan Brijs, Héloïse d’Ormesson : Londres, à l’aube de la Première Guerre mondiale. John Patterson refuse de s’enrôler, faisant fi du patriotisme et de l’effervescence populaire, contrairement à son meilleur ami Martin Bromley. Bercé par Keats et Thackeray, John, insatiable lecteur, veut étudier la littérature anglaise et se complaît dans cet univers aux antipodes de la violence du conflit. Mais celle-ci se rappelle brutalement à lui lorsque le père de John, facteur, ne se résout pas à donner à Mme Bromley la lettre l’informant de la mort de son fils. En France, sur le front. John est finalement appelé à rejoindre les rangs de l’armée. Il découvre que Martin n’est pas mort en héros comme annoncé, mais qu’il a été exécuté par ses supérieurs. Doit-il révéler la vérité à Mme Bromley avant de partir pour une opération où il pourrait y laisser la vie ? Courrier des tranchées est un roman sur le mensonge, les illusions et les faux-semblants. Portrait documenté d’une sombre période, où les notions de courage et de lâcheté paraissent soudain floues, Stefan Brijs raconte le gouffre entre l’exaltation de la guerre et son effroyable réalité. En virtuose de la construction romanesque, il donne chair à des personnages sidérants de justesse, emportés par intrigue ingénieuse qui surprendra le lecteur jusqu’à la dernière page.

D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, Jon Kalman Stefansson, Gallimard : « Elle est plus belle que tout ce qu’il a pu voir et rêver jusque-là, à cet instant, il ne se souvient de rien qui puisse soutenir la comparaison, sans doute devrait-il couper court à tout ça, faire preuve d’un peu de courage et de virilité, pourtant il ne fait rien, comme s’il se débattait avec un ennemi plus grand que lui, plus fort aussi, c’est insupportable, il serre à nouveau les poings, récitant inconsciemment son poème d’amour. Elle s’en rend compte et lui dit, si je dénoue mes cheveux, alors tu sauras que je suis nue sous ma robe, alors tu sauras que je t’aime. » Ari regarde le diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le célèbre capitaine et armateur Oddur, alors que son avion entame sa descente vers l’aéroport de Keflavík. Son père lui a fait parvenir un colis plein de souvenirs qui le poussent à quitter sa maison d’édition danoise pour rentrer en Islande. Mais s’il ne le sait pas encore, c’est vers sa mémoire qu’Ari se dirige, la mémoire de ses grands-parents et de leur vie de pêcheurs du Norofjörour, de son enfance à Keflavík, dans cette ville «qui n’existe pas», et vers le souvenir de sa mère décédée. Jon Kalman Stefansson entremêle trois époques et trois générations qui condensent un siècle d’histoire islandaise. Lorsque Ari atterrit, il foule la terre de ses ancêtres mais aussi de ses propres enfants, une terre que Stefansson peuple de personnages merveilleux, de figures marquées par le sel marin autant que par la lyre. Ari l’ancien poète bien sûr, mais aussi sa grand-mère Margret, que certains déclareront démente au moment où d’autres céderont devant ses cheveux dénoués. Et c’est précisément à ce croisement de la folie et de l’érotisme que la plume de Jon Kalman Stefansson nous saisit, avec simplicité, de toute sa beauté.

La Terre qui penche, Carole Martinez, Gallimard : Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort ! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent. L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend. Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais ? Par la force d’une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.

Gratis, Félicité Herzog, Gallimard : Au début des années quatre-vingt-dix, Ali Tarac interrompt brutalement de brillantes études à Paris pour tenter l’aventure. Une intuition fulgurante et une série de rencontres à Londres – Hart, un limier de la finance, Léna, sa future femme, et Celsius, un milliardaire philanthrope et mélancolique – vont faire de lui un champion de la nouvelle économie et de sa start-up un empire mondial. En 2001, le jeune prodige perd tout. Ruiné, déchu, calomnié, il choisit de disparaître et se réfugie sur l’île de Jersey. C’est là, dans le plus grand secret, qu’il conçoit et bâtit la Transition, une « solution » à la condition humaine, produit croisé d’Internet et d’Orwell, qui révolutionnera la société du XXIe siècle.

7, Tristan Garcia, Gallimard : Sept fois le monde. Sept romans miniatures. Il y sera question d’une drogue aux effets de jouvence, de musique, du plus beau visage du monde, de militantisme politique, d’extraterrestres, de religion ou d’immortalité. Sept récits indépendants dont le lecteur découvrira au fil des pages qu’ils sont étroitement liés. Peu à peu, comme un mobile dont les différentes parties sont à la fois autonomes et solidaires, 7 compose une image nouvelle de la psyché de l’homme contemporain, de ses doutes et de ses croyances nécessaires. Exploration réaliste de divers milieux sociaux, 7 est aussi le récit fantastique d’une humanité qui tourne volontairement le dos à la vérité et préfère se raconter des histoires.

Intérieur nuit, Marisha Pessl, Gallimard : Par une froide nuit d’octobre, la jeune Ashley Cordova est retrouvée morte dans un entrepôt abandonné de Chinatown. Même si l’enquête conclut à un suicide, le journaliste d’investigation Scott Mc Grath ne voit pas les choses du même oil. Alors qu’il enquête sur les étranges circonstances qui entourent le décès, Mc Grath se retrouve confronté à l’héritage du père de la jeune femme : le légendaire réalisateur de films d’horreur Stanislas Cordova – qui n’est pas apparu en public depuis trente ans. Même si l’on a beaucoup commenté l’ouvre angoissante et hypnotique de Cordova, on en sait très peu sur l’homme lui-même. La dernière fois qu’il avait failli démasquer le réalisateur, Mc Grath y avait laissé son mariage et sa carrière. Cette fois, en cherchant à découvrir la vérité sur la vie et la mort d’Ashley, il risque de perdre bien plus encore. Jouant avec les codes du thriller, incluant dans son récit des documents, photographies, coupures de journaux ou pages web, Pessl nous entraîne dans une enquête vertigineuse autour de Stanislas Cordova et de sa fille, deux êtres insaisissables attirés par l’horreur et le mal. L’inventivité de l’auteure et son goût indéniable pour les pouvoirs de la fiction font penser tour à tour à Paul Auster, Georges Perec, ou Jorge Luis Borges. Avec son style maîtrisé et ses dialogues incisifs, ce roman, sous l’apparence classique d’un récit à suspense, explore la part d’ombre et d’étrangeté tapie au cœur de l’humain.

Animale : La prophétie de la Reine des neiges, Victor Dixen, Gallimard jeunesse : Et si le plus merveilleux des contes cachait le plus sombre des complots ?
1833, sur une île perdue du Danemark. Elle s appelle Blonde, il se nomme Gaspard. Elle est animale, il est fou d’elle. Le destin s’apprête à les arracher l’un à l’autre : ils sont les victimes d’une prophétie qui bouleversera le monde à jamais.
Blonde parviendra-t-elle à déjouer les plans de l’énigmatique Reine des neiges, avec pour seul allié un jeune écrivain nommé Andersen ?
Une héroïne prête à tout pour retrouver celui qu’elle aime, un ennemi insaisissable, une quête éperdue.
Dans la suite captivante des aventures de Blonde, Victor Dixen compose une fresque éclatante qui mêle l’Histoire aux légendes du Nord.

Animale : La malédiction de Boucles d’Or, Victor Dixen, Gallimard jeunesse : 1832. Blonde, dix-sept ans a grandi dans un couvent, entourée de mystères. Qui sont ses parents, et que leur est-il arrivé ? Quelle est la cause de ses évanouissements fréquents ? Alors qu’elle s’enfuit pour remonter seule le fil du passé, Blonde se découvre un côté obscur, une part animale : il y a au cœur de son histoire un terrible secret.

La dernière nuit du Raïs, Yasmina Khadra, Julliard : « Longtemps j’ai cru incarner une nation et mettre les puissants de ce monde à genoux. J’étais la légende faite homme. Les idoles et les poètes me mangeaient dans la main. Aujourd’hui, je n’ai à léguer à mes héritiers que ce livre qui relate les dernières heures de ma fabuleuse existence. Lequel, du visionnaire tyrannique ou du Bédouin indomptable, l’Histoire retiendra-t-elle ? Pour moi, la question ne se pose même pas puisque l’on n’est que ce que les autres voudraient que l’on soit. » Avec cette plongée vertigineuse dans la tête d’un tyran sanguinaire et mégalomane, Yasmina Khadra dresse le portrait universel de tous les dictateurs déchus et dévoile les ressorts les plus secrets de la barbarie humaine.

La petite femelle, Philippe Jaenada, Julliard

Un mot sur Irène, Anne Akrich, Julliard : Un parfum de scandale sexuel flotte dans le milieu universitaire depuis la mort, à New York, d’Irène Montès, une intellectuelle de renom. Alors qu’elle devait donner une importante conférence sur les gender studies, son cadavre a été retrouvé nu dans une chambre d’hôtel, au côté d’une poupée gonflable. Mais qui était-elle vraiment ? À travers les yeux de son mari, Léon Garry, professeur à la Sorbonne, la flamboyante personnalité d’Irène nous est peu à peu dévoilée, tout comme la relation trouble qui unissait les deux époux. Jadis mentor d’Irène, Léon était devenu son pantin, dans un théâtre de la cruauté qui le condamnait au rôle de voyeur. Jusqu’où peut dériver un homme dont les fantasmes inassouvis brouillent la perception du réel et de l’imaginaire ? Porté par une écriture et un érotisme vibrants, ce récit crépusculaire fouille les arcanes du couple dans ses replis les plus intimes.

Les assassins, R. J. Ellory, Sonatine : Le serial killer le plus dangereux de tous les temps est parmi vous mais seule une personne le sait… Sur dix-huit mille assassinats par an aux États-Unis, seulement deux cents sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer. Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne songe à faire un lien entre eux. Personne, sauf John Costello. Documentaliste au City Herald, et obsédé par les serial killers, celui-ci découvre en effet que ces meurtres ont été commis à la date anniversaire d’un meurtre ancien, œuvre à chaque fois d’un tueur en série célèbre, selon des procédures rigoureusement identiques jusque dans les moindres détails. Y aurait-il dans la ville un serial killer qui s’inspire de ses prédécesseurs et leur rend ainsi un funèbre hommage ? En compagnie de Karen Langley, une journaliste du City Herald, et de Ray Irving, détective du NYPD, John va se livrer à la traque de cet assassin très particulier, à l’intelligence aussi fulgurante que morbide et à la virtuosité impressionnante. Bouleversant tous les clichés de rigueur, R. J. Ellory transfigure ici totalement le genre du roman de serial killer, dont on pensait pourtant avoir fait le tour, en lui insufflant un souffle complètement nouveau, comme seuls les très grands écrivains savent le faire. Avec le formidable sens de l’intrigue, des personnages, du suspense et le pouvoir d’émotion qu’on lui connaît, il nous donne ainsi le roman définitif sur le sujet.

Le contrat Salinger, Adam Langer, Super8 : Signez, vous ne risquez rien, ou presque… Journaliste désabusé, Adam Langer retrouve un jour une vieille connaissance : Conner Joyce, auteur de thrillers en perte de vitesse en pleine promotion de son dernier roman. Ce dernier lui confie avoir reçu une offre ahurissante : un homme d’affaires richissime, lui a proposé d’écrire un roman rien que pour lui moyennant une somme colossale. Seule particularité, le contrat s’assortit de certaines clauses assez particulières : 1/ le livre rejoindra la collection privée d’exemplaires uniques de l’homme d’affaire, pour lequel ont déjà travaillé des écrivains aussi prestigieux que Thomas Pynchon, Norman Mailer ou J. D. Salinger… et n’en sortira jamais. 2/ Le propriétaire se réserve le droit d’exiger de l’auteur quelques modifications de son cru. 3/ l’accord doit rester absolument secret. Bientôt, et tandis qu’un Conner visiblement aux abois s’obstine à tout raconter à son ami – lequel se passerait bien de ces révélations –, l’histoire prend une tournure des plus inquiétantes : l’offre n’a évidemment rien de philanthropique, et le contrat désormais signé aura des conséquences imprévues.

Corps désirable, Hubert Haddad, Zulma : C’est un sujet fascinant dont s’empare ici Hubert Haddad. Un célèbre neurochirurgien s’apprêterait à effectuer une greffe inouïe : transplanter la tête d’un homme sur le corps d’un autre… Journaliste engagé, en lutte ouverte contre les trusts pharmaceutiques et les mafias de la finance, Cédric Allyn-Weberson vit avec Lorna une passion entière, charnelle, amoureuse. Jusqu’au jour où il se trouve confronté à une violence radicale, celle de perdre accidentellement l’usage de son corps. Se met alors en branle une machine infernale. Roman au suspense continu, Corps désirable captive par la magie d’une écriture lumineuse qui donne à éprouver intimement les sensations les plus subtiles des personnages – questions lancinantes de l’amour, de l’incarnation du désir et des illusions de l’identité.

Les nuits de laitue, Vanessa Barbara, Zulma : Otto et Ada partagent depuis un demi-siècle une maison jaune perchée sur une colline et une égale passion pour le chou-fleur à la milanaise, le ping-pong et les documentaires animaliers. Rien de ce que leurs voisins disent ou font ne leur échappe. Sans compter qu’Ada participe intensément à la vie du village, microcosme baroque et réjouissant – autant dire joyeusement peuplé de doux dingues. Il y a d’abord Nico, préparateur en pharmacie obsédé par les effets secondaires indésirables ; Aníbal, facteur fantasque qui confond systématiquement les destinataires pour favoriser le lien social ; Iolanda, propriétaire de chihuahuas neurasthéniques et portée sur la sagesse orientale ; M. Taniguchi, centenaire japonais persuadé que la Seconde Guerre mondiale n’est pas finie ; Marina, anthropologue amateur qui cite Marcel Mauss en exterminant méthodiquement les cafards de sa voisine… Quant à Otto, lecteur passionné de romans noirs, il combat avec un succès mitigé ses insomnies à grandes gorgées de tisane à la laitue, tout en soupçonnant à juste titre les autres habitants du village de lui cacher quelque chose… Un premier roman plein de fantaisie et de tendresse, avec une jolie galerie de personnages tous complètement déjantés.

Ce cœur changeant, Agnès Desarthe, L’Olivier : C’est une histoire qui commence en 1889 à Soro, au Danemark. Et qui se termine en 1931, au même endroit : la « maison » Matthisen, demeure ancestrale d’une vielle famille de la noblesse. Trois femmes occupent les rôles principaux : Mama Trude, la grand-mère ; Kristina, la mère, qui épouse un officier français, René de Maisonneuve ; leur fille, Rose. A 20 ans, Rose quitte le manoir familial et part vivre à Paris. C’est elle l’héroïne de ce roman mené tambour battant, et qui la conduit d’une fumerie clandestine d’opium à un appartement bourgeois de la rue Delambre où elle vit en couple avec une femme, Louise, avant de recueillir une enfant trouvée, Ida, qui deviendra sa fille. C’est le début du siècle – l’affaire Dreyfus, la guerre de 14, les années folles, les voitures Panhard-Levassor, le féminisme – qui défile en accéléré, mais sans jamais tomber dans la reconstitution historique. Car le vrai sujet de ce formidable roman, c’est le destin de Rose et la manière dont elle parvient, petit à petit, à en déchiffrer le sens. Porté par un style d’une grande vivacité, une écriture sensuelle et colorée, ce livre est celui d’un écrivain au sommet de son art. Magicienne des mots, Agnès Desarthe nous émeut et nous fait rêver comme jamais. Depuis Mangez-moi, Agnès Desarthe n’avait pas produit de fiction d’une telle ampleur narrative.

Le cœur du problème, Christian Oster, L’Olivier : En rentrant chez lui, Simon découvre un homme mort au milieu du salon. Diane, sa femme, est en train de prendre un bain. Elle ne donne à son mari aucune explication, lui annonce qu’elle le quitte, et s’en va. Simon se retrouve avec un mort sur les bras. Que faire, sinon le faire disparaître ? En parler à la police reviendrait à dénoncer sa femme dont il soupçonne que c’est elle qui a poussé cet homme par-dessus la balustrade de leur mezzanine. Après de multiples tergiversations, le mort prendra sa place dans le jardin, sous le plant de tomates. C’est lors d’une visite à la gendarmerie pour signaler la disparition de Diane que Simon rencontre Henri, un gendarme à la retraite. Une relation amicale se noue alors sur un court de tennis. Mais Simon est sur la réserve ; chaque conversation ressemble à un exercice de funambulisme, chacun de ses gestes risque d’être sévèrement interprété. S’engage très vite entre les deux hommes une extraordinaire partie d’échecs. Ce roman qui commence comme une Série Noire ou un film d’Hitchcock est l’occasion, pour Christian Oster, de mettre en scène avec virtuosité la relation inquiétante (et ambigüe) entre le policier et le présumé coupable.

Délivrances, Toni Morrison, Christian Bourgois : Lula Ann Bridewell, fille de « mulâtres au teint blond », est si noire de peau à la naissance que sa mère, Sweetness, n’éprouve pour elle que du dégoût. Son père, ne la croyant pas de lui, quitte le domicile conjugal. Sweetness (« Douceur ») élève durement – et sans jamais cacher sa répugnance – la fillette, prête à tout pour que sa mère daigne la toucher. C’est seulement quand Lula Ann fait un faux témoignage contre une institutrice accusée de pédophilie que Sweetness, fière qu’elle ait contribué à faire incarcérer une Blanche, lui prend la main. L’accusée est condamnée à vingt-cinq ans de prison. Quinze ans plus tard, Lula Ann s’est transformée. Elle est désormais « Bride » (« future épouse » ou « jeune mariée ») et, sur les conseils d’un coach, ne porte plus que des vêtements blancs, comme autant de costumes soulignant sa noirceur et sa beauté. Sensuelle et épanouie, elle entame une brillante carrière dans le secteur des cosmétiques et élabore sa propre ligne de produits : TOI, MA BELLE. Lors d’une conversation avec son amant Booker, elle dit envisager d’aller voir Sofia Huxley, l’institutrice inculpée, dès sa mise en liberté conditionnelle. Si Booker ignore qu’elle a témoigné à tort, Bride ignore qu’il a perdu un frère, victime d’un pédophile ; d’où son incompréhension lorsqu’il la quitte. Bride aborde Sofia Huxley à l’instant même de sa sortie de prison, mais sans succès ; elle décide donc de la suivre jusqu’au motel où elle choisit de passer sa première nuit de liberté. Quand Bride, chargée de cadeaux, va la trouver dans sa chambre et dit qui elle est, Sofia Huxley la frappe avec une telle violence qu’elle mettra longtemps à se rétablir, non sans l’aide de sa blonde amie et collègue Brooklyn. Parmi le courrier en souffrance, Bride découvre une facture adressée à Booker. Le magasin qui l’a envoyée lui indique qu’elle pourrait le retrouver chez « Q. Olive », à Whiskey. Bride entreprend le trajet, mais est victime d’un accident de voiture. Au terme d’une nuit passée dans son véhicule, elle aperçoit face à la vitre une petite fille fascinée par sa couleur de peau, qu’elle n’a certainement jamais vue : c’est Rain, ainsi baptisée pour avoir été recueillie « sous la pluie » par Steve et Evelyn. Rain va chercher Steve ; le couple héberge Bride et la soigne pendant un mois, dans ce qui semble un ancien atelier dépourvu d’équipements modernes. Les liens que Bride tisse peu à peu avec ses trois sauveurs lui enseignent un mode de vie dépouillé, mais lui font aussi gagner la confiance de Rain : celle-ci lui confie avoir été mise à la rue par une mère qui la prostituait. Une fois sa cheville guérie, Bride se rend chez Queen Olive, qui n’est autre que la tante de Booker. Cette « Reine », cuisinière hors-pair aux cheveux roux flamboyant, lui offre à dîner et la prépare à sa rencontre avec Booker, qui habite non loin, en lui révélant certains aspects de sa personnalité. Les retrouvailles sont marquées par une violente dispute durant laquelle chacun s’explique : Booker a quitté Bride car il la croyait compatissante envers une femme perverse, alors qu’il souffre encore de l’assassinat de son frère Adam par un pédophile ; Bride avoue avoir menti au tribunal pour tenter de gagner l’affection de sa mère. Peu après, la maison de Queen prend feu. Queen meurt à l’hôpital, mais le couple s’est réconcilié : Bride a exorcisé son mensonge et Booker s’est enfin libéré du souvenir d’Adam, qui l’étouffait. Bride annonce alors à Booker qu’elle est enceinte de lui. Dans son onzième roman, qui se déroule à l’époque actuelle, Toni Morrison nous fait entendre la voix d’hommes et de femmes aux relations dictées par leurs traumatismes, mensonges ou vérités cachées, mais aussi par une forme de racisme qui dénature les rapports familiaux. L’ouvrage n’est pas pessimiste pour autant. Entre les notes toujours réconfortantes du jazz et les échos de l’enfance maltraitée, l’humour a néanmoins sa place. Roman dont la concision n’a d’égale que la richesse, Délivrances s’ouvre sur une naissance vécue comme un événement malheureux par la mère et s’achève sur la perspective d’un avenir meilleur pour l’enfant de Booker et Bride.

Montecristo, Martin Suter, Christian Bourgois : Jonas Brand, 38 ans, est un vidéo-reporter zurichois spécialisé dans les émissions télé people. Un jour, il réalise qu’il est en possession de deux coupures de cent francs suisses dotées du même numéro de série – ce qui est théoriquement impossible. Quelque temps après, alors qu’il a pris un train pour rejoindre un événement mondain, L’enquête sur les billets et celle sur le suicide ne vont pas tarder à se croiser. Jonas Brand remonte la piste, rencontre Adam Dillier, responsable de la sécurité de la Coromag, la société chargée d’imprimer les billets de banque suisses. Mais il ignore que celui-ci en réfère aussitôt à William Just, PDG de la plus grande banque du pays : Brand a soulevé une affaire bien plus grosse qu’il ne l’imaginait. Soudain, on vient lui reparler d’un vieux projet de film, un scénario intitulé Montecristo que personne n’a jamais voulu tourner par manque de budget. Un producteur lui annonce qu’il a finalement trouvé le financement pour tourner. Malgré les mises en garde de son ami Max Gantmann, journaliste spécialisé en économie, Jonas part effectuer des repérages en Thaïlande. Sur place, il échappe de peu à un coup monté pour le faire emprisonner à vie.Il parvient néanmoins à rentrer en Suisse et se plonge dans la préparation du film, délaissant un peu son enquête. Mais il est vite rattrapé par la réalité : il apprend que les billets qu’il croyait faux sont bel et bien authentiques. Ce qu’il avait appréhendé était une manipulation de grande ampleur, qui menace de faire péricliter l’ensemble du système bancaire suisse. Que dissimulent ces deux coupures de cent francs à numérotation identique ? Quelles pertes gigantesques la banque qui a émis les billets cherche-t-elle à cacher ? Est-ce elle qui a envoyé Jonas à Bangkok et fait cacher une livre de cocaïne dans sa sacoche ? Qui est ce mystérieux rouquin que Jonas croise de plus en plus souvent au fil des pages ? Quel rôle exact joue Marina, la jeune femme qui le soutient dans ses recherches et semble pourtant avoir d’étranges relations dans ce milieu ? Autant de questions qui forment la trame de Montecristo. Mais, comme à son habitude, Martin Suter nous entraîne bien plus loin. En l’occurrence dans le gouffre du système bancaire suisse et de ses ramifications mondiales, un monde noir, cynique, violent et machiavélique. Le monde zurichois qu’il nous décrit sur le mode du cauchemar, c’est notre univers mental à tous, qui se délite peu à peu. Celui dont un monde nouveau semble, comme dans son roman, s’accommoder peu à peu. Martin Suter a conçu un roman hitchcockien et vertigineux sur le faux semblant, le doute, l’illusion et la manipulation. Ce que nous décrit Suter dans Montecristo, c’est l’univers orwellien des temps modernes : une bulle de savon prête à éclater d’un instant à l’autre, dans laquelle de braves gens font tout pour éviter l’explosion finale aussi longtemps que possible. Jamais Martin Suter n’était allé aussi loin dans l’exploration du cauchemar où nous plonge l’incertitude sur le monde qui nous entoure, mais aussi d’un monde où la fin justifie toutes les morales.

Le cœur et les confins, Cédric Gras, Libretto : « L’amour est pour le voyageur un des plus grands périls que lui réserve la route, car il frappe au hasard des sentiers et au gré des chemins. Il fait fi des rêves d’ailleurs et des destinations. Il force le vagabond à la halte, il anéantit ses espoirs de lointain. »
Recueil composé de douze nouvelles ayant pour fil conducteur la difficulté de concilier l’amour et le voyage, Le Cœur et les confins est la première incursion de Cédric Gras dans la fiction. Peut-on aimer une femme et avoir le goût de l’aventure ? Avoir des envies irrépressibles d’ailleurs et le besoin de se fixer ? Les douze nouvelles de Cédric Gras répondent à ses questions en nous faisant voyager aux quatre coins du monde, dans des régions toujours plus reculées, et à sa manière, c’est-à-dire sac au dos, sans attache ni but précis. Dans l’une, un jeune homme, après deux années passées à bourlinguer, tergiverse à rentrer par peur que celle qu’il aime le refuse. Dans une autre, un homme, pour avoir goûté à la route et à la solitude, se présente devant l’institution où travaille son amie sans jamais frapper à sa porte. Autant de légendes urbaines qui le temps d’une nouvelle expriment des peurs universelles.

Le dernier des fous, Timothy Findley, Libretto : À la fin des années 1960, Hooker Winslow, jeune garçon de 11 ans, passe son été dans une maison cossue de la campagne canadienne. Jessica, sa mère, ne quitte plus sa chambre alors qu’elle vient de perdre son troisième enfant. Nicholas, son père, désespéré, n’a plus aucune prise sur les événements. Quant à Gilbert, son frère, il noie sa vie dans l’alcool et passe ses journées seul à dévorer des livres de poésie. Quant à sa tante, Rosetta, elle se charge seule des affaires courantes avec une froide efficacité.
Hooker perçoit par bribes le monde qui l’entoure et tente de se frayer un chemin parmi ses êtres trop absorbés par eux-mêmes.
Paru en 1967, Le Dernier des fous est le premier roman de Timothy Findley. Tous les thèmes de l’auteur sont déjà présents dans cette âpre chronique familiale sur l’impossibilité à vivre ensemble.

Des bruits dans la tête, Drago Jancar, Libretto : Retranscrivant l’histoire de la révolte de Livada mise en miroir avec le siège de Massada en Judée au Ier siècle, Des bruits dans la tête est une métaphore remarquable et terrifiante sur l’avènement d’un régime totalitaire.
Dans la prison de Maribor, en Slovénie, est incarcéré en cet été 1975 le légendaire Keber, meneur historique de la révolte de Livada (un pénitencier du Monténégro). Il se confie au narrateur avec force détails, soucieux de transcrire la chronique de ce soulèvement héroïque, déclenché lors de la retransmission d’un match de basket au sein de la prison. Keber, qui a le sens de la légende, ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec le siège de Massada en Judée, au Ier siècle. Durant sept mois, un millier de juifs tinrent tête à huit mille Romains qui les encerclaient dans la forteresse surplombant la mer Morte. Au terme de sept mois de siège, les Romains forcèrent l’enceinte de Massada et découvrirent le suicide collectif des rebelles juifs. À la prison de Livada, encerclée par les forces de l’ordre, la destruction, le pillage et le chaos avaient peu à peu cédé place au calme et aux pourparlers entre les insurgés : que faire ensuite, se rendre, négocier ou tenter de s’enfuir ?

Le Testament de Marie, Colm Tóibín, Robert Laffont : Ils sont deux à la surveiller, à l’interroger pour lui faire dire ce qu’elle n’a pas vu. Ils dressent de son fils un portrait dans lequel elle ne le reconnaît pas et veulent bâtir autour de sa crucifixion une légende qu’elle refuse. Seule, à l’écart du monde, dans un lieu protégé, elle tente de s’opposer au mythe que les anciens compagnons de son fils sont en train de forger. Lentement, elle extirpe de sa mémoire le souvenir de cet enfant qu’elle a vu changer. En cette époque agitée, prompte aux enthousiasmes comme aux sévères rejets, son fils s’est entouré d’une cour de jeunes fauteurs de trouble infligeant leur morgue et leurs mauvaises manières partout où ils passent. Peu à peu, ils manipulent le plus charismatique d’entre eux, érigent autour de lui la fable d’un être exceptionnel, capable de rappeler Lazare du monde des morts et de changer l’eau en vin. Et quand, politiquement, le moment est venu d’imposer leur pouvoir, ils abattent leur dernière carte : ils envoient leur jeune chef à la crucifixion et le proclament fils de Dieu. Puis ils traquent ceux qui pourraient s’opposer à leur version de la vérité. Notamment Marie, sa mère. Mais elle, elle a fui devant cette image détestable de son fils, elle n’a pas assisté à son supplice, ne l’a pas recueilli à sa descente de croix. À aucun moment elle n’a souscrit à cette vérité qui n’en est pas une.

Un jour avant la fin du monde, Sorour Kasmaï, Robert Laffont : L’histoire se passe à Téhéran, le premier hiver après la révolution islamique. Mariam, une jeune fille de 16 ans, découvre la date de sa mort dans le livret de famille. Son père lui explique qu’elle était dans le ventre de sa mère lorsque celle-ci est morte du fait de l’effondrement du toit de leur maison, et qu’elle en a été extirpée quelques heures après. Elle apprend de surcroît l’existence d’une sœur homonyme, disparue dans les mêmes circonstances et dont elle serait la réincarnation. Mariam entreprend alors sa quête de vérité et d’identité par un changement de prénom. Or, cette simple démarche administrative est confrontée au refus du nouveau pouvoir politico-religieux qui voit en la jeune fille une miraculée et cherche à vérifier l’hypothèse de sa résurrection. Les autorités veulent à tout prix lui ravir son pouvoir supposé. Au fil des pages, le dossier de Mariam prend de plus en plus d’importance à leurs yeux. Elles s’efforcent de comprendre les mécanismes d’une telle résurrection afin de remédier aux lourdes pertes humaines sur les champs de bataille de la guerre Iran-Irak. La célèbre parole du Prophète qui en son temps avait proclamé qu’un jour avant la fin du monde quelqu’un de sa descendance ressusciterait les morts trouve une tournure toute pratique en ces circonstances et sert de référence idéologique au chef de la Commission de résurrection pour poursuivre Mariam. Sur fond de croyances religieuses et de légendes sacrées, s’engage dès lors une course effrénée qui, à travers les méandres de la ville de Téhéran, embarque le lecteur dans des situations singulières et des lieux insolites. Un ancien temple zoroastrien transformé en centre de musculation pour blessés de guerre, une clinique où l’on garde les « foudroyés », autrement dit les soldats choqués par ce qu’ils ont vu au front et qui passent désormais pour visionnaires. Mais aussi des jardins de mosquées, des ruelles, un labyrinthe urbain hanté par une agitation politique et religieuse mêlée d’angoisse et de fureur. Une spirale infernale qui finit par conduire la narratrice et son entourage à la catastrophe.

Barracuda, Christos Tsiolkas, Belfond : Daniel Kelly sort de prison. Vingt ans plus tôt, il était Danny  » Barracuda « , le grand espoir de la natation australienne. Un adolescent rageur, animé par la soif de vaincre, tout entier tendu vers un seul but : devenir champion. Pour n’être plus le petit métèque, fils d’une coiffeuse grecque et d’un routier australien. Pour montrer à ces petits bourges pour qui tout semble facile que lui, le boursier, peut les battre. Pour ne plus être prisonnier de ce corps encombrant, de ces pensées qui lui viennent dans les vestiaires. Aujourd’hui, Daniel est ce champion déchu qui a commis l’irréparable. Il est cet homme que la prison a à la fois brisé et révélé. Il est ce fils, ce frère qui veut se réconcilier avec les siens. Il est cet adulte qui va devoir une dernière fois se confronter à l’ado qu’il était pour mieux tenter de revivre…

Tout ce qui est solide se dissout dans l’air, Darragh McKeon, Belfond : Dans un minuscule appartement de Moscou, un petit prodige de neuf ans joue silencieusement du piano pour ne pas déranger les voisins. Dans une usine de banlieue, sa tante travaille à la chaîne sur des pièces de voiture et tente de faire oublier son passé de dissidente. Dans un hôpital non loin de là, un chirurgien s’étourdit dans le travail pour ne pas penser à son mariage brisé. Dans la campagne biélorusse, un jeune garçon observe les premières lueurs de l’aube, une aube rouge, belle, étrange, inquiétante. Nous sommes le 26 avril 1986. Dans la centrale de Tchernobyl, quelque chose vient de se passer. Le monde ne sera plus jamais le même.

Soundtrack, Furukawa Hideo, Philippe Picquier : Fin du XXe siècle. Deux enfants, un garçon et une fille, se retrouvent échoués sur une île déserte dans le Pacifique. En deux années, ils développent des techniques de survie et de communion avec la nature, proches du chamanisme. Devenus grands et rendus à la civilisation, ils découvrent un Tokyo transformé par le réchauffement climatique et l’immigration clandestine. Envahi par une végétation tropicale et des colonies de corbeaux à gros bec. Où il vont devoir apprendre à survivre, sur les décombres de la société des hommes.
Ce roman d’une puissance imaginaire stupéfiante, à l’écriture fiévreuse comme un long solo de guitare rock, emprunte les codes de la science-fiction pour mieux dynamiter la fiction tout court.

Princesse Bari, Sok-Yong Hwang, Philippe Picquier : Princesse Bari conte l’histoire d’une jeune fille, frêle et courageuse, qui fuit la Corée du Nord, se réfugie un moment en Chine avant de traverser l’océan à fond de cale d’un cargo et de débarquer dans un Londres clandestin où se côtoient toutes les langues et religions.
À Londres, Bari gagne sa vie comme masseuse, mais elle ne soigne pas seulement les corps, elle console aussi les âmes. Car Bari a hérité de sa grand-mère des dons de voyance qui lui permettent de voyager dans les rêves et de lire les cauchemars dont souffrent les autres.
Ce roman habité par l’âme d’une jeune fille affrontant seule, avec confiance et obstination, de terribles épreuves, puise aux sources du chamanisme coréen : il transfigure une légende où une princesse abandonnée va chercher à l’autre bout du monde l’eau de la vie qui permettra aux âmes des morts de connaître enfin l’apaisement.

Là où tombe la pluie, Catherine Chantier, Les Escales : Accusée de meurtre, Ruth Ardingly est assignée à résidence. Enfermée, rejetée de tous, elle entreprend de reconstruire le puzzle de la tragédie qui a détruit son mariage et sa famille. Quelques années auparavant, Ruth et son mari Mark quittent Londres pour fuir leurs souvenirs et reconstruire leur vie. Ils emménagent à La Source, la maison de leur rêve. Tandis que le monde fait face à une sécheresse hors du commun, leur propriété est mystérieusement épargnée. Le couple s’attire la jalousie de ses voisins agriculteurs, la curiosité du gouvernement mais aussi le fanatisme d’une secte, La Rose de Jéricho, dirigée par une femme étrange, Amelia. Ses membres s’insinuent dans la vie de Ruth et Mark, de leur fille, Angie, et de leur petit-fils, Lucien. L’emprise d’Amelia sur Ruth grandit de jour en jour, au grand désarroi de son mari. Les relations s’enveniment entre les habitants de La Source, la tension monte et atteint son point culminant avec un crime odieux. Le meurtrier se cache parmi ses plus proches confidents, Ruth en est sûre. Seule dans cette enclave, elle se décide à affronter ses plus grandes peurs pour comprendre ce qu’il s’est vraiment passé cette nuit-là à La Source.

Illska, Eiríkur Örn Norđdahl, Métailié : Événement dans l’histoire mondiale : Agnes et Omar se rencontrent par un dimanche matin glacial dans la queue des taxis au centre-ville de Reykjavik. Agnes rencontre aussi Arnor, un néonazi cultivé, pour sa thèse sur l’extrême droite contemporaine. Trois ans, un enfant et une crise de jalousie plus tard, Omar brûle entièrement leur maison et quitte le pays. L’histoire commence en réalité bien avant, au cours de l’été 1941, quand les Einsatzgruppen, aidés par la population locale, massacrent tous les Juifs de la petite ville lituanienne de Jurbarkas. Deux arrière-grands-pères d’Agnes sont pris dans la tourmente – l’un d’eux tue l’autre-et, trois générations plus tard, Agnes est obsédée par le sujet.
lllska parle de l’Holocauste et d’amour, d’Islande et de Lituanie, d’Agnes qui se perd en elle-même, d’Agnes qui ne sait pas qui est le père de son enfant, d’Agnes qui aime Omar qui aime Agnes qui aime Arnor. Dans un jeu vertigineux, Eiríkur Örn Norđdahl interroge le fascisme et ses avatars contemporains avec une étonnante maîtrise de la narration. lllska est un livre surprenant et immense écrit par un homme jeune, mais appelé à devenir un grand, sans doute un très grand écrivain.

Courir après les ombres, Sigolène Vinson, Plon : Du détroit de Bab-el-Mandeb au golfe d’Aden, Paul Deville négocie les ressources africaines pour le compte d’une multinationale chinoise. De port en port, les ravages de la mondialisation lui sautent au visage et au cœur la beauté du monde dont il ne peut empêcher la destruction. Les merveilles qui ne s’achètent pas ne risquent-elles pas de disparaître dans un système où toute valeur se chiffre ? Paul se met alors à chasser un autre trésor : les  » écrits jamais écrits  » d’Arthur Rimbaud – il veut le croire, le marchand d’armes n’a pas tué le poète. Inlassablement, il cherche. Trouvera-t-il plus que le soleil aveuglant, la culpabilité d’être et la fièvre ?

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One thought on “Parutions de la semaine – 17/08/2015

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