Top Ten Tuesday #74 – 14 avril 2015

Top Ten Tuesday

Pour ce soixante-quatorzième TTT, toujours du blog The Broke and the Bookish, voici dix citations de livres que j’aime. La semaine prochaine, nous verrons mes dix auteurs préférés de tous les temps (gros challenge !).

Je note rarement des citations dans mes livres, je trouve que c’est toujours délicat d’extraire un passage sans le contexte autour. Néanmoins, j’ai trouvé dix extraits qui m’ont particulièrement touchée, émue ou fait rire. Du tendre, du triste, du beau, du drôle !

Là où commence le secret, d’Arthur Loustalot :

Carmen avait été la première femme à mettre un pantalon pour danser. Elle réinventait les codes comme elle réécrivait l’histoire de sa liberté, celle de l’affranchissement des femmes, des mouvements de l’envie. Elle était sublime, il aurait dû voir comme Carmen était sublime. Pourtant Nino ne voit qu’elle, Abi, assise en face de lui et reposant sa pinte de bière, développant ses bras dans la discussion avec une fluidité totale, légère et libre, déjà forte.

Les images se dispersent, se transforment et se regroupent, leur défilement s’accélère. Peu à peu, dans la danse, ils font vraiment connaissance. Leurs corps se décalent, se transforment, trouvent les endroits justes où se placer. Les lieux secrets où la main s’arrête, par où le genou passe, où la nuque se courbe. Ces corps s’appellent et se rejettent sans sollicitation. Ils découvrent ensemble des espaces dans la connaissance du désir et de la frustration qu’ils ne soupçonnaient pas. Unis et séparés, ils dépassent leur capacité à contenir. Leur danse est celle de la répression douloureuse, et leur couple fait rapidement sensation.

La Voleuse de livres, de Markus Zusak :

Sous bien des aspects, c’était du vol d’emporter un garçon comme Rudy, plein de vie et avec l’avenir devant lui, et, malgré tout, je me dis qu’il aurait apprécié le spectacle des décombres terrifiants et du ciel débordant, la nuit où il perdit la vie. Il aurait pleuré, se serait retourné et aurait souri si seulement il avait pu contempler la voleuse de livres à quatre pattes auprès de son corps. Il aurait été heureux de la voir baiser ses lèvres couvertes de poussière par la bombe.
Oui, je le sais.
Au fond de mon cœur enténébré, je le sais. Il aurait aimé.
Vous voyez ?
Même la Mort a un cœur.

Oscar et la dame rose, d’Éric-Emmanuel Schmitt :

Cher Dieu,

Aujourd’hui j’ai cent ans. Comme Mamie-Rose. Je dors beaucoup mais je me sens bien.
J’ai essayé d’expliquer à mes parents que la vie, c’était un drôle de cadeau. Au départ, on le surestime, ce cadeau : on croit avoir reçu la vie éternelle. Après, on le sous-estime, on le trouve pourri, trop court, on serait presque prêt à le jeter. Enfin, on se rend compte que ce n’était pas un cadeau, mais juste un prêt. Alors on essaie de le mériter. Moi qui ai cent ans, je sais de quoi je parle. Plus on vieillit, plus faut faire preuve de goût pour apprécier la vie. On doit devenir raffiné, artiste. N’importe quel crétin peut jouir de la vie à dix ou à vingt ans, mais à cent, quand on ne peut plus bouger, faut user de son intelligence.
Je ne sais pas si je les ai bien convaincus.
Visite-les. Finis le travail. Moi je fatigue un peu.
À demain, bisous,

Oscar.

The Light between the oceans, de M. L. Stedman :

Right and wrong a be like bloody snakes: so tangled up that you can’t tell which is which until you’ve shot ’em both, and then it’s too late.

Un soir de décembre, de Delphine de Vigan :

Je suis immobile. Il m’arrive de penser que je suis l’immobilité même. Je conjugue le verbe attendre, j’en épuise les sens, sur tous les modes, sur tous les tons. J’attends le bus, j’attends mon heure, j’attends que tu viennes, j’attends mon tour, attends-moi, attends que je t’y reprenne, j’attends que jeunesse se passe, j’attends de pied ferme, j’attends le bon moment, tout vient à point à qui sait attendre, le train n’attendra pas, j’attends qu’il revienne, je l’attends comme le messie, ça attendra demain, qu’attends-tu de moi, je t’attendrai le jour et la nuit, j’attendrai toujours, je n’attends pas après toi, je n’attends pas d’enfant, j’attends qu’il m’appelle, j’attends qu’il me parle, en attendant mieux, je ne m’y attendais pas, surtout ne m’attends pas.

Tout ce que les hommes ignorent… et que les femmes n’avoueront jamais, de Deborah McKinlay :

La femme est persuadée que l’homme qui couche avec elle et qui lui a dit qu’il l’aimait – ou qui s’est comporté comme s’il l’aimait – lui est forcément fidèle. De toute façon, dans ces circonstances, il doit lui être fidèle. Non ?
L’homme, dans cette situation, n’a pas réfléchi une fraction de seconde à la question de la fidélité.
La femme pense que, si l’homme est fidèle et amoureux, cette histoire « a de l’avenir ».
L’homme, dans cette situation, n’a pas spécialement réfléchi à la question de l’avenir.
La femme veut savoir « quel avenir » ils ont ensemble.
L’homme, dans cette situation, a intérêt à réfléchir très vite.

Trois filles et leurs mères, de Sophie Carquain :

Quand une mère disparaît, nous regrettons sa présence. Quand un père disparaît, souvent nous regrettons ses silences. Avec la nostalgie de ne pas l’avoir suffisamment connu.

L’épouse hollandaise, d’Eric McCormack :

D’après un vieux chaman des Himpolos, au centre de Vatua, nous ne faisons que ça – la vie est un rêve. Et ce que nous croyons être nos rêves sont en fait nos seuls moment d’éveil. Le temps d’entrevoir la folie du monde et nous replongeons dans le sommeil.

Le diable de Radcliffe Hall, de Stéphanie des Horts :

– Je crois que… j’ai couché avec mon père…
– C’est que vous devenez une véritable Anglaise, miss Kane, nous avons tous un énorme problème avec le sexe. Bienvenue chez nous Miss Kane et joyeux Noël !

Retour parmi les hommes, de Philippe Besson :

Je te fais une promesse : je m’efforcerai de ne pas pleurer. Il m’arrive d’être bêtement sentimental et de me montrer infichu de réprimer un sanglot. Je me suis endurci pourtant, tu ne me reconnaîtras pas. Je suis presque méconnaissable. Il faut avouer que j’ai traversé quelques épreuves qui m’ont tanné le cuir. Mais voilà, à l’instant de nos retrouvailles, il se pourrait que la mémoire soit la pire des violences, et m’envoie valdinguer. Comme je sais que tu n’aimerais pas me voir ainsi, je vais apprendre à me tenir. Et quand je saurai ma leçon, alors je me présenterai devant toi.

Et une dernière en supplément, toujours de Retour parmi les hommes :

Mais nos disparus ne sont pas les mêmes. L’absence a ton visage, Arthur. Ton unique visage. Les autres n’existent pas, voilà.

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