Challenge 2#1 – Trois filles et leurs mères

C’est le printemps ! Les petits oiseaux chantent (ou presque), le soleil brille (ou presque), il fait bon (ou presque)… Et dix livres ont été choisis pour célébrer cette nouvelle saison. Le livre lu ce week-end est une nouveauté des éditions Charleston, Trois filles et leurs mères (Duras, Beauvoir, Colette), par Sophie Carquain.

Simone ferma les yeux. L’espace d’un instant, elle se souvient de sa mère, en chemise de cotonnade. C’était le temps de l’enfance, boulevard Montparnasse. Dans le couloir, une jeune femme, magnifique, tendait les bras pour attraper sa petite brunette aux yeux bleus. Sa mère à vingt-cinq ans, à peine. Comme elle était belle, pieds nus, les joues roses, les cheveux épais, pleine de vie. Comme elle était belle, décoiffée par les mains de son mari. Elle avait la grâce des mères occupées d’autre chose que de leurs enfants. La grâce des mères amoureuses.

Sophie Carquain retrace avec beaucoup d’émotions et de douceur la relation, souvent fusionnelle et destructrice, mais en même temps porteuse de talent, de ces trois auteurs avec leurs mères. La belle et sévère Françoise de Beauvoir, Sido Colette, l’amie de la nature, et Marie Donadieu, veuve en Cochinchine, sont à la fois semblables et différentes. Toutes ont des fêlures, que ce soit la mort d’un mari, une éducation stricte, la peur viscérale de perdre l’un de ses enfants. Et elles étouffent, telles des boas, leur bien le plus précieux. L’écriture de Sophie Carquain est très agréable, et elle a évité le piège grossier de rester à la surface de la biographie pour vraiment se concentrer sur les liens maternels. On peut également rendre hommage au travail de bibliographie de l’auteur.

Par ailleurs, j’ai bien apprécié les phrases en exergue de chaque histoire, notamment celle de Marguerite Duras :

J’ai eu ce paradis d’une mère qui était tout à la fois. Le malheur, l’amour, l’injustice, l’horreur.

Il me manque néanmoins peut-être une conclusion générale, à la manière de l’introduction, qui est concise mais permet de saisir les enjeux de ce texte.

– Elle est morte, Sartre, il faut vivre. Vivre jusqu’au bout. Pardon de vous asséner cela mais… Je ne regrette pas mon histoire avec Nelson. Parce que, si vous saviez ce que l’on devient. Ce n’est qu’une parenthèse. L’esprit n’est rien, Sartre, vous savez. C’est le corps qui nous gouverne ! C’est à se demander pourquoi nous nous acharnons autant à travailler. Nous avons passé la ligne jaune. Il nous reste si peu de temps. (…)
À l’autre bout du fil, Sartre souffle la fumée de sa cigarette.
De sa lente voix nasillarde, enfin, les mots sortent.
– Il faut vivre encore plus fort. Vous avez raison, Castor. Vivez, aimez, écrivez. Écrivez, aimez, vivez. Faites-le dans le sens que vous voulez. Mais encore plus fort qu’avant.

Enfin, je ne peux que vous conseiller de vous arrêter sur les illustrations que vous trouverez dans le cahier central. Mes photos préférées sont celles des deux petites sœurs Beauvoir, deux fillettes absolument magnifiques, ainsi que la dernière, celle de Marguerite Duras et de sa mère.

Et pour finir, un dernier extrait :

Quand une mère disparaît, nous regrettons sa présence. Quand un père disparaît, souvent nous regrettons ses silences. Avec la nostalgie de ne pas l’avoir suffisamment connu.

Printemps Mucha_TWBB

 

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